La CFDT a donné le coup d’envoi de son 51e congrès, lundi 22 juin à Bordeaux, un rendez-vous statutaire qui intervient à moins d’un an de l’élection présidentielle de 2027 et dans un climat politique marqué par la progression de l’extrême droite. Devant quelque 1 600 militants réunis jusqu’à vendredi, la secrétaire générale Marylise Léon a prononcé un discours de fermeté, conjuguant bilan du mandat écoulé et mise en garde contre la menace que fait peser le Rassemblement national.

Marylise Léon, qui avait succédé à Laurent Berger en juin 2023 en cours de mandat, s’est présentée pour un premier vote de confirmation des militants – sans surprise sur l’issue. La dirigeante syndicale a d’emblée insisté sur la continuité de la ligne : « Même cap, même maison, même exigence », a-t-elle lancé, tout en imprimant sa propre empreinte par un ton solennel. Depuis le précédent congrès, tenu à Lyon en 2022, « le pacte social, le rapport au travail, la démocratie, la place de l’Europe dans le monde, la planète elle-même, ont été sérieusement secoués », a-t-elle rappelé.

Colère sociale et extrême droite dans le viseur

La numéro un de la CFDT a dressé un tableau des ressentiments accumulés chez les travailleurs : la « blessure » de la réforme des retraites de 2023, mais aussi « des services publics à bout de souffle, des fins de mois impossibles, des entreprises qui ferment ». Cette colère, a-t-elle alerté, peut être récupérée par l’extrême droite, qui tend « un piège à celles et ceux qu’elle prétend défendre ». Pour Marylise Léon, « il n’y a pas de compromis possible » avec cette mouvance, et la meilleure réponse réside dans l’action syndicale. La CFDT refuse tout contact avec le Rassemblement national, une position qu’elle partage avec la CGT.

La secrétaire générale a revendiqué « la combativité » de son organisation entre 2022 et 2026, évoquant un triptyque : « mobilisations, négociations, propositions ». Elle est notamment revenue sur la suspension de la réforme des retraites, actée par l’Assemblée nationale le 16 décembre 2025, qu’elle a qualifiée de « victoire » acquise grâce au rapport de force porté par la CFDT. « Parce que nous avons tenu une ligne claire dans la durée : combattre une réforme injuste, chercher une issue, obtenir des droits nouveaux, et ne jamais abandonner les travailleurs et travailleuses concernés », a-t-elle expliqué.

Accords controversés et échec du conclave

Marylise Léon a également justifié la signature par la CFDT du dernier accord sur l’assurance-chômage, qui réduit les droits des demandeurs d’emploi ayant bénéficié d’une rupture conventionnelle. Elle a argué que l’organisation avait « préservé les droits des plus vulnérables » face aux menaces de reprise en main par le gouvernement, tout en reconnaissant que cette position n’était « pas confortable ». « Ce n’est pas une position confortable, vous le savez quand vous négociez en situation de crise, mais nous l’assumons », a-t-elle ajouté.

En revanche, la leader syndicale a dénoncé l’échec du conclave avec les organisations patronales, au terme de six mois de discussions. « Le Medef a fait échouer cette séquence », a-t-elle lancé, pesant ses mots.

Un congrès sous le signe de l’intersyndicale et du rajeunissement

La poursuite de l’intersyndicale, née du conflit des retraites, a été saluée. Tous les leaders syndicaux, à l’exception de Force ouvrière, étaient présents à Bordeaux, traduisant une dynamique de rapprochement entre la CFDT et la CGT notamment, même si des divergences persistent.

Sur le plan interne, Marylise Léon a mis l’accent sur la progression des effectifs, qui atteignent environ 640 000 adhérents, et sur l’urgence de rajeunir l’organisation. Cette thématique a été applaudie par les quelque 350 jeunes militants présents dans la salle.

Cap sur 2027

À un an de l’élection présidentielle, la menace d’une victoire du Rassemblement national, combattu frontalement par la CFDT, imprègne les débats. Le congrès de Bordeaux doit permettre de cranter les orientations du syndicat pour les quatre années à venir, dans un contexte où la centrale entend peser sur le débat public en défendant son modèle de syndicalisme combatif et réformiste.