Le 51e congrès de la CFDT s'est ouvert ce lundi à Bordeaux, réunissant plus de 1 600 militants jusqu'à vendredi. Dans son discours inaugural, la secrétaire générale Marylise Léon a tenu un propos résolument tourné vers l'avenir, à moins d'un an de l'élection présidentielle de 2027, tout en revendiquant un bilan marqué par la combativité et une ligne de continuité avec son prédécesseur Laurent Berger.

Un cap maintenu dans un contexte de tensions

« Même cap, même maison, même exigence », a lancé Marylise Léon, reprenant une formule qui inscrit son action dans la droite ligne de celle de Laurent Berger, lequel lui avait transmis les rênes de l'organisation en juin 2023, en cours de mandat. La dirigeante syndicale, dont l'accession au secrétariat général était intervenue en plein conflit contre la réforme des retraites, a souligné la gravité de la période. « Le pacte social, le rapport au travail, la démocratie, la place de l'Europe dans le monde, la planète elle-même, ont été sérieusement secoués », a-t-elle déclaré devant les délégués, dans une allocution empreinte de solennité.

Depuis le précédent congrès, qui s'était tenu à Lyon en 2022, la confédération a dû composer avec des bouleversements profonds. Marylise Léon a insisté sur la « blessure » infligée par la réforme des retraites de 2023, une réforme qu'elle a qualifiée d'« injuste ». Elle a également évoqué la colère qui monte chez les travailleurs, alimentée par « des services publics à bout de souffle, des fins de mois impossibles, des entreprises qui ferment ».

Un bilan émaillé de victoires et d'échecs

La secrétaire générale a mis en avant la « combativité » de la CFDT depuis 2022, conjuguant « mobilisations, négociations, propositions ». Le rapport d'activité qu'elle a présenté s'ouvre sur ce qu'elle considère comme une « victoire » : la suspension de la réforme des retraites, actée par l'Assemblée nationale le 16 décembre 2025. « Beaucoup de militantes et militants CFDT se sont certainement remémoré tous ces mois de combat acharné contre une réforme profondément injuste », peut-on lire dans ce document. Cette suspension est allée au-delà des revendications initiales de la centrale, en gelant pour un temps non seulement l'âge légal de départ, mais aussi le nombre de trimestres nécessaires pour une retraite à taux plein.

Marylise Léon a également justifié la signature par la CFDT du dernier accord sur l'assurance-chômage, qui réduit les droits des demandeurs d'emploi ayant effectué une rupture conventionnelle. « Face aux menaces de reprise en main du régime par le gouvernement, nous avons préservé les droits des plus vulnérables », a-t-elle expliqué, reconnaissant qu'il ne s'agissait pas d'une « position confortable » mais d'un choix assumé face à une « situation de crise ».

En revanche, elle a vivement critiqué l'échec du conclave avec les organisations patronales, qui a duré six mois. « Le Medef a fait échouer cette séquence », a-t-elle martelé.

La menace de l'extrême droite au cœur du débat

À un an de l'élection présidentielle, la question de la montée de l'extrême droite a occupé une place centrale dans le discours de la secrétaire générale. Marylise Léon a mis en garde contre les tentatives de récupération de la colère sociale par le Rassemblement national, qui tend « un piège à celles et ceux qu'elle prétend défendre ». « Il n'y a pas de compromis possible » avec l'extrême droite, a-t-elle affirmé, reprenant une ligne de fermeté partagée par la CGT, dont la dirigeante Sophie Binet s'est également exprimée en ce sens lors de son propre congrès.

Face à cette menace, la leader cédétiste a appelé à renforcer l'action syndicale. « La meilleure réponse, c'est notre action syndicale », a-t-elle insisté. Un ancien cadre de la centrale a rappelé que « tout le monde partage le mantra de Laurent Berger qui est que le syndicalisme est mortel », soulignant l'importance de maintenir la mobilisation.

Un syndicat qui recrute et se renouvelle

La CFDT, qui revendique désormais environ 640 000 adhérents, voit ses effectifs progresser. Marylise Léon a mis l'accent sur la nécessité de rajeunir l'organisation, un sujet qui a été salué par les quelque 350 jeunes présents dans la salle. L'intersyndicale, née du conflit des retraites et toujours active, a été présentée comme un acquis important. « Le dialogue entre toutes les organisations de salariés n'a pas cessé », a-t-elle noté, relevant la présence à Bordeaux des leaders de la CGT, de la CFE-CGC et d'autres organisations, à l'exception de FO.

Un congrès sans suspense mais déterminant pour l'avenir

Si le vote des militants pour la reconduction de Marylise Léon à la tête de la CFDT ne fait guère de doute, ce congrès est l'occasion de définir les orientations du premier syndicat français pour les quatre années à venir. Dans un contexte politique tendu, à l'ombre de la présidentielle de 2027, la centrale entend peser sur les débats et défendre ses positions, notamment sur les retraites et l'assurance-chômage, tout en maintenant son refus absolu de tout dialogue avec l'extrême droite.