Londres – La course à la direction du Parti travailliste britannique s’accélère après le départ de Keir Starmer, qui a annoncé sa démission plus tôt cette semaine à la suite d’une série de démissions ministérielles. Andy Burnham, récemment élu député de Makerfield, est pour l’instant le seul candidat en lice pour prendre la tête du parti et, par conséquent, du gouvernement. Selon plusieurs sources concordantes, il prévoirait de remplacer Rachel Reeves au poste de chancelier de l’Échiquier et de lui confier un portefeuille ministériel de moindre envergure.

Un remaniement attendu à la tête des finances

D’après des informations recueillies par la presse britannique, Burnham serait sur le point d’offrir à Reeves une fonction plus modeste au sein de son cabinet, une décision qui marquerait un changement notable dans la hiérarchie gouvernementale. Un proche de l’ancien maire de Manchester a toutefois nuancé ces déclarations, affirmant qu’« Andy respecte vraiment Rachel et je suis convaincu qu’il voudra la voir dans son équipe dirigeante ». Le porte-parole de Burnham a précisé qu’aucune décision définitive n’avait encore été prise concernant la composition du gouvernement.

Interrogée sur ces spéculations, la chancelière a adopté une position prudente mais ouverte. Lors d’un entretien accordé à la BBC, elle a déclaré : « Je soutiens Andy pour devenir Premier ministre. Je pense qu’il serait un grand Premier ministre, mais ces décisions lui appartiennent, pas à moi. » Elle a également reconnu qu’il revenait à Burnham de décider si elle devait conserver son poste au Trésor, tout en rappelant les principes de discipline budgétaire qui, selon elle, doivent rester centraux.

La discipline budgétaire au cœur des préoccupations

Reeves a souligné l’importance pour le futur dirigeant de maintenir les règles fiscales qu’elle a mises en place, notamment l’obligation de financer les dépenses courantes par les recettes fiscales d’ici la fin de la législature et la réduction de la dette en proportion du produit intérieur brut. « Le précédent gouvernement a perdu le contrôle des finances publiques, a-t-elle rappelé. Cela a fait grimper l’inflation et les taux d’intérêt. Le contrôle des finances publiques a un impact réel sur les ménages aujourd’hui. » Elle a ajouté avoir amélioré la marge de manœuvre budgétaire de l’exécutif, mais a insisté sur la nécessité de ne laisser aucun doute quant à l’engagement du parti en faveur de la rigueur financière.

Burnham s’est lui-même engagé à maintenir les règles actuelles d’emprunt et de dépenses, un point que Reeves a salué. Celle-ci a aussi évoqué la possibilité d’apporter un allègement ciblé et temporaire des factures d’énergie à l’automne, sans détailler le dispositif.

Les noms qui circulent pour le Trésor

Si le départ de Reeves de la chancellerie se confirme, plusieurs personnalités sont pressenties pour lui succéder. Parmi les noms évoqués figurent Ed Miliband, Wes Streeting, John Healey et Yvette Cooper. Par ailleurs, James Purnell, ancien ministre sous Gordon Brown entre 2007 et 2009, devrait occuper le poste de chef de cabinet à Downing Street.

Un calendrier serré

Aucun autre candidat ne s’étant jusqu’à présent déclaré pour la direction du Labour, Burnham pourrait devenir Premier ministre dès le 17 juillet, à l’issue du processus interne. Son entrée en fonction s’accompagnerait d’une redéfinition des priorités économiques, alors que le Royaume-Uni doit faire face à des défis majeurs : augmentation des dépenses de défense, réforme de la fiscalité et de la protection sociale, et relance de la croissance.

Paul Johnson, ancien directeur de l’Institute for Fiscal Studies, a estimé que tout nouveau chancelier devra prendre des décisions difficiles. « Le Royaume-Uni a emprunté davantage que pratiquement tout autre pays au cours des 25 dernières années, à des taux très élevés, mais n’a pas réussi à croître pour rembourser cette dette », a-t-il observé, ajoutant que « la croissance est clairement la priorité numéro un ».

Réactions et absences

La chancelière n’était pas présente dans la foule rassemblée devant le 10 Downing Street lundi lorsque Starmer a annoncé son départ. Elle a toutefois participé à une photo de groupe avec Burnham après sa prestation de serment à Westminster le même jour. Interrogée sur son absence, elle a simplement indiqué : « Je ne pense pas que quiconque puisse douter de mon engagement envers le Premier ministre. Je suis à ses côtés depuis six ans, comme shadow chancellor puis comme chancelière de l’Échiquier. »

Un contexte de transition

La démission de Starmer, provoquée par des dissensions internes sur les propositions de dépenses de défense, ouvre une période de transition incertaine. Burnham et son équipe ont déjà entamé des discussions avec John Healey, l’ancien secrétaire à la Défense, qui a jugé que l’augmentation prévue des financements militaires était « bien en deçà des besoins ».