Alors que la France et une grande partie de l'Europe suffoquent sous des températures exceptionnellement élevées, une nouvelle étude scientifique vient quantifier le rôle du changement climatique dans cet épisode extrême. Les travaux du consortium World Weather Attribution, qui réunit notamment des chercheurs de l'Imperial College de Londres, établissent que la vague de chaleur actuelle « aurait été pratiquement impossible à cette période de l'année il y a seulement 50 ans », en référence à l'année 1976.
Un réchauffement de 3,5 °C lié aux activités humaines
Les scientifiques sont parvenus à isoler la part du réchauffement d'origine anthropique dans les températures observées. Leurs calculs montrent que, sans les effets des émissions de CO₂, les températures maximales enregistrées pendant cette canicule auraient été en moyenne inférieures de 3,5 °C aux valeurs actuelles. Ce chiffre, qui peut sembler modeste, a pourtant des conséquences directes sur les populations exposées.
Les chercheurs ont également analysé les nuits tropicales — lorsque le mercure ne descend pas sous les 20 °C — et concluent que ce phénomène a désormais « 100 fois plus de chance de se produire aujourd'hui qu'il y a seulement 23 ans », soit lors de la canicule historique de 2003. Cette estimation repose sur l'étude des trois jours les plus chauds depuis le début de l'épisode dans plusieurs grandes villes européennes.
Des centaines de millions d'Européens concernés
Jeudi, plus de 100 millions de personnes en Europe devaient connaître des températures supérieures à 35 °C à un moment de la journée, selon les données disponibles. La France est particulièrement touchée avec plus de 50 millions d'habitants concernés, tandis que l'Allemagne en compte 18 millions. Au total, les maximales devaient dépasser 30 °C pour plus de 380 millions d'Européens.
Un impact sanitaire déjà mesurable
Les conséquences sanitaires de cette canicule se font déjà sentir. En Espagne, on déplore déjà plus de 200 décès attribués à la chaleur. Les services d'urgence français constatent une hausse significative des cas d'hyperthermie et de déshydratation. L'étude du World Weather Attribution souligne que le réchauffement climatique amplifie ces risques, en rendant les épisodes de chaleur extrême plus fréquents et plus intenses.
Des perspectives inquiétantes
Les projections des climatologues indiquent que ces phénomènes devraient encore s'accentuer dans les années à venir. Theodore Keeping, chercheur à l'Imperial College de Londres, a illustré cette évolution en rappelant que les écoliers britanniques, habitués aux « snow days », pourraient bientôt connaître des « jours canicule » interrompant les cours. L'étude confirme que la fenêtre de vulnérabilité s'élargit, avec des vagues de chaleur désormais possibles dès le mois de juin.
L'analyse du World Weather Attribution s'inscrit dans le champ des sciences de l'attribution, qui permettent de mesurer avec une précision croissante la part du changement climatique dans les événements météorologiques extrêmes. Ces travaux confortent les alertes émises ces derniers jours par plusieurs experts, qui prévoient que les seuils de 40 °C pourraient devenir la norme estivale dans les décennies à venir.