Une pollution chimique généralisée

La France compte environ 1 700 rivières qui enregistrent au moins un dépassement de seuil pour un polluant, selon une enquête réalisée à partir des données publiques des stations de surveillance des agences de l’eau. Ce travail, mené par des journalistes en collaboration avec des collectifs spécialisés, a permis de produire une carte nationale inédite de la contamination des cours d’eau aux micropolluants.

Entre 2022 et 2024, près de huit stations de mesure sur dix ont relevé la présence d’au moins une substance au-dessus des valeurs seuil. Sur les 189 molécules suivies dans le cadre de l’enquête, 79 ont dépassé le seuil de risque au moins une fois. Les données, qui portent sur des moyennes annuelles, mettent en évidence des pollutions chroniques plutôt que des pics accidentels.

Une contamination multiple et un effet cocktail redouté

La pollution ne se limite pas à une région ou à un type de substance. Pesticides, métaux lourds, PFOS, médicaments : les micropolluants voyagent massivement dans les rivières. Le risque d’un « effet cocktail » – c’est-à-dire la combinaison de plusieurs molécules dont l’interaction peut s’avérer plus toxique que la somme de leurs effets individuels – est régulièrement évoqué par les scientifiques.

La petite rivière de la Launette, dans l’Oise, illustre ce phénomène. Sur ce cours d’eau long de 16 kilomètres, une station de surveillance a recensé 16 molécules différentes au-dessus des seuils entre 2022 et 2024, dont des ignifugeants, des herbicides et un médicament. Elle arrive en tête du classement des rivières subissant la plus forte pression micropolluante.

Un objectif européen hors d’atteinte

Ces résultats interviennent alors que la France s’apprête une nouvelle fois à manquer l’objectif européen de bon état écologique des cours d’eau, fixé pour 2027. La députée écologiste Julie Ozenne, corapporteuse d’une mission d’information parlementaire sur l’état des rivières, qualifie le bilan de « très mauvais ». « On n’atteindra jamais les objectifs qu’on s’était fixés avec l’Europe », a-t-elle déclaré.

Trois quarts des rivières surveillées touchées

L’enquête montre que 1 691 cours d’eau – soit les trois quarts de ceux pour lesquels des mesures sont disponibles – ont connu au moins un dépassement de seuil. Le caractère national de la pollution est frappant : aucun département n’est épargné. Les données rassemblées portent sur environ sept millions de relevés.

Une méthodologie transparente

La carte interactive, accessible en ligne, permet de visualiser les dépassements annuels par famille de substance et par micropolluant. Elle a été produite à partir des données publiques des stations de surveillance, et la méthodologie complète est détaillée. Les journalistes insistent sur le fait que l’analyse porte sur des moyennes annuelles, permettant de distinguer les pollutions chroniques des accidents ponctuels.

Des conséquences sanitaires et environnementales

Les micropolluants sont des substances indésirables dont la présence, même à très faible concentration, peut nuire aux organismes vivants et à l’environnement. Leur accumulation dans les cours d’eau menace la biodiversité aquatique et peut contaminer les eaux destinées à la consommation humaine. Les résultats de cette enquête relancent le débat sur l’efficacité des politiques de réduction des pollutions chimiques en France.