Les services de renseignement néerlandais estiment que la Russie se prépare à une confrontation de longue durée avec l'Europe et qu'elle pourrait lancer une offensive militaire contre un État membre de l'OTAN environ un an après la résolution du conflit en Ukraine. Cette évaluation figure dans le rapport annuel sur la stratégie de défense publié ce lundi 29 juin par le ministère de la Défense à La Haye.
Selon ce document, Moscou envisagerait une action militaire d'envergure limitée, mais suffisamment déstabilisante pour tester la solidarité de l'Alliance. Le rapport place l'Europe dans une «zone grise» entre la paix et la guerre, une situation qui justifie aux yeux des Néerlandais un renforcement majeur de leurs capacités de défense.
Un sommet décisif à Ankara
Ces avertissements interviennent à quelques jours du prochain sommet de l'OTAN, prévu les 7 et 8 juillet dans la capitale turque, Ankara. La menace russe devrait y occuper une place centrale. Le secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, avait déjà prévenu que la Russie «pourrait être prête à recourir à la force militaire contre l'OTAN d'ici à cinq ans». L'analyse néerlandaise raccourcit considérablement cet horizon temporel, estimant qu'une attaque pourrait survenir dès l'année suivant un cessez-le-feu ou un accord en Ukraine.
Réarmement et drones : les Pays-Bas accélèrent
Face à ce qu'ils perçoivent comme un danger croissant, les Pays-Bas ont annoncé une série de mesures destinées à moderniser leur armée. Le gouvernement s'est engagé à accroître significativement ses investissements dans le domaine de la défense, en particulier pour le développement d'armements sans pilote. Un «laboratoire de développement» dédié à la conception et à la construction de drones de combat doit voir le jour.
L'objectif affiché est de disposer, d'ici à 2031, de la moitié des capacités opérationnelles de l'armée néerlandaise sous forme de systèmes sans pilote. Cette stratégie vise à combler un retard technologique et à préparer les forces armées à des conflits de haute intensité.
«Protéger notre liberté, notre sécurité et notre mode de vie»
La ministre de la Défense, Dilan Yesilgoz, a résumé l'urgence de la situation en déclarant que «la question était de savoir si l'Europe et les Pays-Bas seront suffisamment forts à temps pour protéger notre liberté, notre sécurité et notre mode de vie». Cette déclaration reflète la conviction, partagée par plusieurs capitales européennes, que le temps presse pour renforcer la dissuasion face à la Russie.
Le rapport néerlandais ne se contente pas d'alerter sur les intentions de Moscou : il dessine une feuille de route pour une défense européenne plus autonome et plus réactive, capable de faire face à ce que les autorités considèrent comme la plus grave menace sécuritaire depuis la fin de la guerre froide.