Un périple funeste sur le toit du monde

Le 28 mai dernier, Dawa Sherpa, un guide sherpa âgé de 57 ans, entame l’ascension de l’Everest avec une équipe composée des alpinistes Chris Thrall et Mariusz Chmielewski, sous la conduite de Pasang Kaji Sherpa. Employé comme cuisinier au Camp 2, il n’avait jamais atteint le sommet, mais son employeur l’a missionné pour remplacer un guide au pied levé. Jusqu’au Balcony, à environ 8 400 mètres, l’ascension se déroule normalement. Mais c’est lors de la redescente nocturne vers le camp 4 que tout bascule. Alors qu’il se trouve à près de 7 900 mètres, Dawa Sherpa accuse un retard dû à un manque d’oxygène. Il demande à Chris Thrall, dernière personne à l’apercevoir, de continuer sans lui, pensant pouvoir le rattraper.

« Quand mon oxygène s’est épuisé, je ne pouvais plus bouger ni mes mains ni mes pieds », explique-t-il. « Je suis resté accroché à la corde une demi-heure. »

Une nuit à 7 100 mètres, seule et sans secours

Par chance, il trouve une tente contenant des nouilles. « J’en ai mangé, et ça m’a aidé à retrouver mes esprits », poursuit-il. Il rejoint ensuite le Camp 3, situé à environ 7 100 mètres, où il passe une nuit entière secoué par des rafales de vent assourdissantes. Il fait chauffer de l’eau, prépare un peu de porridge. Pendant ce temps, le reste de l’équipe, parvenu au camp 2, donne l’alerte. Mais les recherches sont retardées : le téléphone satellitaire de Dawa Sherpa est hors d’usage.

Le lendemain, il tente de gagner le camp 2, mais quand il y arrive, tous sont déjà repartis. Il décide alors de descendre d’une traite jusqu’au camp de base. C’est là que survient le drame.

La chute dans la cascade de glace de Khumbu

À l’une des sections les plus redoutables de la voie népalaise, la cascade de glace de Khumbu, Dawa Sherpa glisse et tombe d’une échelle, plongeant dans une crevasse. « Je suis resté suspendu là un long moment », raconte-t-il. Il porte un sac de 28 kilos, contenant huit bouteilles d’oxygène vides et les sacs de couchage des clients. Ses mains s’épuisent ; il lâche le sac dans le vide, puis finit par tomber à son tour. Dans sa chute, il se cogne la tête et se blesse la jambe.

Ressortant du peu de provisions qu’il a sur lui, il trouve du chocolat gelé et du café lyophilisé. Sans eau chaude, il brise de la glace pour se mouiller la bouche. Les jours s’écoulent, immobiles.

L’avalanche qui lui sauve la vie

L’espoir renaît au sixième jour, le 3 juin, lorsqu’un hélicoptère survole la zone. Trop affaibli pour se signaler, Dawa Sherpa voit l’appareil s’éloigner. Mais le lendemain, un événement inattendu se produit : une avalanche se déclenche au-dessus de lui. Emporté, il est projeté en contrebas, plus près du camp de base. C’est là qu’une équipe de secours le découvre fortuitement, rampant sur le sol. « L’avalanche est arrivée pour me sauver », déclare-t-il. « Elle m’a emporté vers la vie. »

Extrait de son calvaire le 4 juin, Dawa Sherpa est hospitalisé pour hypothermie sévère, déshydratation et multiples contusions. Aujourd’hui, après une longue convalescence, il témoigne de cette semaine de survie, mêlant effroi et gratitude. « C’est un miracle », a-t-il résumé. « Je remercie chaque jour ceux qui ne m’ont pas abandonné. »

Un témoignage qui interroge

Ce récit met en lumière les conditions extrêmes dans lesquelles évoluent les guides et employés des expéditions himalayennes. Dawa Sherpa, bien qu’inexpérimenté en haute altitude, a été contraint de remplacer un guide de dernière minute. « Ce qui s’est passé là-haut est un cauchemar », confie-t-il. Il espère que son histoire sensibilisera à la protection des travailleurs de l’ombre de l’Everest, souvent exposés à des risques disproportionnés.