Le tournoi mondial de football, qui attire des milliards de téléspectateurs à travers la planète, est devenu un terrain fertile pour la diffusion de contenus générés par intelligence artificielle (IA). Plusieurs images et vidéos montées de toutes pièces, représentant des scènes censées se dérouler dans les stades ou dans les rues des villes hôtes, ont été largement partagées sur les plateformes sociales, accumulant parfois des millions de vues. Derrière ces créations, se cachent souvent des intentions politiques explicites.

Parmi les exemples les plus frappants, une image montrant un supporter arborant un maillot de l'équipe d'Allemagne, agitant un drapeau allemand et présentant une ressemblance frappante avec Adolf Hitler, a été démasquée comme étant un faux. Cette photo, devenue virale après le match de l'Allemagne contre Curaçao, avait été rapidement identifiée comme un montage par les équipes de vérification des faits.

Un faux geste de protestation iranien

Une autre manipulation concerne le joueur iranien qui, après le match nul 2-2 contre la Nouvelle-Zélande, aurait soi-disant exhibé un sac à dos rose en hommage à 168 écolières tuées. L'analyse de l'image par des outils d'intelligence artificielle a confirmé qu'elle avait été générée artificiellement. Le contexte géopolitique, avec le conflit récent entre l'Iran et les États-Unis, a amplifié la propagation de ce faux, instrumentalisé pour nourrir un récit politique.

Personnalités politiques détournées

D'autres clichés truqués mettent en scène des figures politiques de premier plan. Le Premier ministre britannique Keir Starmer apparaît ainsi vêtu d'un maillot de l'équipe de Croatie, une image dénuée de tout fondement. De même, des appels à l'arrestation du président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva ont été relayés, associés à des photos manipulées prises lors du Mondial. Tous ces contenus ont été formellement démentis.

Le regard des experts

Henry Ajder, spécialiste reconnu des deepfakes et de l'intelligence artificielle manipulatrice, a souligné que la Coupe du Monde représente un « environnement parfait pour que les gens commencent à diffuser des deepfakes et du contenu généré par IA ». Selon lui, le fait que des milliards de personnes de pays, de régions et de contextes politiques différents regardent les mêmes matchs en même temps crée une occasion idéale pour de telles intoxications.

Comment repérer ces faux ?

Les vérificateurs recommandent plusieurs méthodes pour identifier ces images trompeuses : examiner les détails invraisemblables (doigts supplémentaires, reflets anormaux, incohérences dans les ombres), utiliser des outils de détection d'IA, et surtout vérifier la source du contenu avant de le partager. La plupart de ces créations comportent des artefacts visuels qui trahissent leur origine synthétique, même si certains sont de plus en plus réalistes.

Un enjeu de démocratie

Au-delà du simple divertissement, la prolifération de ces fausses images à caractère politique pose un problème majeur pour le débat public. En mêlant sport, émotion et désinformation, elles peuvent influencer l'opinion et renforcer des stéréotypes ou des mensonges. Les autorités et les plateformes sociales sont appelées à renforcer la modération et l'éducation aux médias pour endiguer ce phénomène.

Conclusion

La Coupe du Monde 2026 n'échappe pas à la vague de désinformation générée par l'intelligence artificielle. Les exemples recensés – du sosie d'Hitler aux protestations iraniennes fictives – illustrent une tendance lourde : l'utilisation d'événements sportifs planétaires pour diffuser des récits politiques. La vigilance des internautes et le travail des vérificateurs restent essentiels pour limiter l'impact de ces manipulations.