Londres – La cour criminelle centrale d'Angleterre et du Pays de Galles, l'Old Bailey, a prononcé ce 3 juillet des peines de prison ferme à l'encontre de deux ressortissants roumains reconnus coupables d'avoir poignardé un journaliste à Wimbledon en mars 2024. L'attaque, commanditée par le régime iranien, visait à réduire au silence un reporter de la chaîne persanophone Iran International, connue pour ses positions critiques envers Téhéran.

George Stana, 25 ans, a été condamné à douze années d'incarcération, tandis que Nandito Badea, 21 ans, écope de huit ans. Les deux hommes avaient été déclarés coupables en juin de blessures avec intention de causer des lésions corporelles graves. Un troisième complice, David Andrei, serait toujours en Roumanie et n'a pas été extradé.

Les faits

Le 29 mars 2024, alors que Pouria Zeraati se rendait à son véhicule près de son domicile à Wimbledon, à proximité du All England Lawn Tennis Club, deux individus l'ont abordé. L'un d'eux a demandé de l'argent avant que la victime ne soit maintenue par un homme pendant que le second lui infligeait trois coups de couteau à la jambe. Les agresseurs ont pris la fuite à pied, puis ont embarqué dans une Mazda bleue conduite par George Stana. Ils ont quitté le Royaume-Uni par l'aéroport de Heathrow à destination de Genève. Badea et Stana ont depuis été extradés vers le Royaume-Uni.

Une attaque orchestrée depuis au moins un an

Au cours de l'audience, la juge Cheema-Grubb a affirmé : « Je suis convaincue qu'il s'agissait d'une attaque pour ou au bénéfice d'une puissance étrangère. » Elle a souligné que Pouria Zeraati n'avait pas été choisi au hasard : il avait déjà fait l'objet de menaces, et son portrait avait été affiché à Téhéran avec la mention « Recherché mort ou vif ». Selon les éléments présentés, le complot avait été préparé pendant « au moins un an » et incluait une surveillance approfondie du domicile du journaliste.

La magistrate a estimé que Stana savait ou aurait dû savoir que l'attaque était menée pour le compte de l'Iran, mais n'a pas retenu cette certitude pour Badea.

Des séquelles psychologiques profondes

Dans une déclaration lue à l'audience, Pouria Zeraati a décrit les conséquences de l'agression : « L'incident m'a causé des insomnies importantes. J'ai peur et je suis anxieux. » Il a expliqué avoir dû déménager plusieurs fois et redouter de sortir seul : « Je trouve difficile d'aller au restaurant par peur d'être suivi. Je regarde constamment par-dessus mon épaule. »

La direction de la chaîne Iran International a qualifié l'attaque d'« effroyable » et a rappelé que ses journalistes sont « soumis à une campagne d'intimidation continue de la part de la République islamique d'Iran, tant en Iran même – où leurs proches sont régulièrement menacés et maltraités – que sur le sol britannique ». L'organisation s'est dite reconnaissante de la protection offerte par la police et les autorités du Royaume-Uni.

Cette affaire illustre les tensions persistantes entre Téhéran et les médias d'opposition en exil, et pose la question de la sécurité des journalistes critiques du régime iranien sur le territoire européen.