Dix années se sont écoulées depuis le référendum du 23 juin 2016 qui a scellé le départ du Royaume-Uni de l'Union européenne. Les données officielles disponibles à ce jour dressent un portrait nuancé de cette période, marquée par des transformations majeures dans les domaines migratoire et commercial, alors que la croissance économique globale n'a pas connu l'effondrement annoncé par certains.
Une immigration en provenance de l'Union européenne en chute libre
L'une des promesses centrales des partisans de la sortie de l'UE était la reprise du contrôle des frontières. Cet objectif a été en partie atteint : l'immigration nette en provenance des États membres a chuté de manière spectaculaire. Alors qu'elle atteignait environ 253 000 personnes en 2016, elle est tombée à environ 70 000 en 2020, avant de devenir négative après l'application complète du Brexit, signifiant que davantage de citoyens européens quittent le Royaume-Uni que le nombre de ceux qui y arrivent.
Une immigration extra-européenne en forte augmentation
Cette baisse a toutefois été plus que compensée par une explosion des arrivées en provenance du reste du monde. L'immigration nette hors UE a grimpé pour atteindre un pic d'environ un million de personnes en 2023. Si ce chiffre a ensuite diminué, les flux en provenance des pays non européens constituent désormais la seule source de croissance migratoire du pays. En 2025, l'immigration nette globale est estimée à environ 308 000 personnes, un niveau bien supérieur à la période précédant le référendum.
Un commerce avec le continent affaibli
Les échanges commerciaux avec l'Union européenne, principal partenaire économique du Royaume-Uni, ont subi un coup d'arrêt notable. Les exportations britanniques de biens vers les pays membres ont reculé d'environ 20 milliards de livres sterling (environ 23 milliards d'euros) entre 2016 et 2025, selon des données de l'Organisation de coopération et de développement économiques. Les importations en provenance du continent ont diminué dans une moindre mesure, creusant le déficit commercial avec l'UE. Les échanges avec les partenaires hors Union européenne n'ont pas réussi à compenser cette perte. Seule la progression des exportations de services, notamment dans les secteurs financier et numérique, a soutenu les performances globales du commerce extérieur britannique.
Une conjoncture économique résiliente
Contrairement aux scénarios les plus pessimistes avancés par les opposants au Brexit, l'économie britannique n'a pas connu de récession brutale. Selon les données de l'OCDE, le Royaume-Uni a globalement suivi l'évolution des autres grandes économies développées après le référendum. Il a cependant progressivement perdu du terrain face aux États-Unis ou au Canada. Le scénario catastrophe ne s'est pas matérialisé, mais la croissance n'a pas non plus décollé comme l'espéraient les partisans du Leave.
Un contexte politique en évolution
Ce bilan chiffré intervient alors que, selon des études d'opinion récentes, plus de la moitié des Britanniques se déclarent aujourd'hui favorables à un retour dans l'Union européenne. Des personnalités politiques, comme l'ancien négociateur en chef de l'UE Michel Barnier, ont évoqué la possibilité d'une réintégration du Royaume-Uni avec un statut particulier. Le Parti travailliste, au pouvoir, considère toutefois qu'une réintégration au marché unique constituerait un défi politique d'ampleur.