L’Iran fait face à des accusations d’extorsion après avoir annoncé l’instauration d’un droit de passage allant jusqu’à 2 millions de dollars par navire dans le détroit d’Ormuz, une voie d’eau essentielle au transport mondial d’hydrocarbures. La décision de Téhéran, présentée comme une compensation pour les dommages subis lors des frappes israélo-américaines et comme une redevance pour services de navigation, protection environnementale et sécurité renforcée, a provoqué une vive réaction de la communauté internationale.

Le détroit d’Ormuz, situé entre l’Iran et Oman, constituait avant le récent conflit la principale artère énergétique de la planète, assurant le transit d’un cinquième du pétrole et du gaz consommé dans le monde. Selon des informations rapportées, Téhéran préparerait un protocole conjoint avec Oman visant à soumettre les navires à une obligation d’obtention de permis avant d’emprunter ce passage.

Si certaines compagnies asiatiques et des opérateurs de moindre envergure se sont acquittés de ces sommes, les grands acteurs mondiaux du transport maritime refusent de payer. L’Institute for the Study of War (ISW) a qualifié ces taxes de « racket de protection » maritime. Les États-Unis et la Chine se sont accordés pour s’opposer à cette mesure, tandis que les pays du Golfe l’ont également rejetée.

Le droit international des détroits

La Convention des Nations unies sur le droit de la mer (UNCLOS) définit un cadre spécifique pour les détroits naturels empruntés par la navigation internationale. Elle garantit à tout navire et aéronef le droit de passage en transit, c’est-à-dire une traversée sans délai et sans ancrage, sauf en cas d’urgence. Les États riverains ne peuvent entraver ce passage et sont uniquement autorisés à percevoir des redevances limitées pour des services précis comme le pilotage ou le remorquage.

Le cas des canaux artificiels

À l’inverse, les canaux de Suez et de Panama sont des voies navigables artificielles, construites, possédées et entretenues par des États souverains à des coûts considérables. La Convention de Constantinople de 1888 autorise explicitement l’Égypte à prélever des péages pour financer la maintenance, l’exploitation et les travaux d’amélioration du canal de Suez, long de 193 kilomètres. L’Autorité du canal de Panama, qui gère l’infrastructure construite par les États-Unis au nom du Panama, est également habilitée à facturer des droits en vertu de traités distincts. Le canal de Suez génère ainsi des recettes annuelles de l’ordre de 4 milliards de dollars.

Une opposition diplomatique unie

Face à cette situation, des responsables américains et chinois ont exprimé conjointement leur opposition à la redevance iranienne, selon une source gouvernementale américaine. Les pays riverains du Golfe ont également manifesté leur rejet. Les restrictions de navigation dans le détroit d’Ormuz durent depuis plus de 90 jours, ajoutant une tension supplémentaire sur les marchés énergétiques mondiaux.