Le gouvernement argentin a officialisé son intention de privatiser l’ensemble du réseau d’hôtels de tourisme social, où les travailleurs pouvaient obtenir une nuitée pour environ dix dollars. Cette décision, annoncée par le président Javier Milei, s’inscrit dans la stratégie de dérégulation et de réduction de la voilure de l’État que mène l’exécutif depuis son arrivée au pouvoir.

Ces établissements, gérés par l’État, offraient des séjours à prix très modérés aux employés et à leurs familles, souvent situés dans des zones balnéaires ou de villégiature. Le programme, instauré au milieu du XXe siècle, visait à démocratiser l’accès aux vacances pour les classes populaires. Pour une semaine, un travailleur pouvait ainsi loger pour une somme équivalant à soixante-dix dollars, un tarif largement inférieur aux prix du marché.

Un symbole de l’ère péroniste cédé au privé

Le réseau de « tourisme social » est historiquement lié aux gouvernements péronistes, qui ont développé des infrastructures de loisirs subventionnées pour les syndicats et les salariés. Les hôtels, souvent désignés par le terme de « colonies de vacances », représentent un héritage de l’État providence argentin. En les privatisant, Javier Milei poursuit son objectif affirmé de réduire le périmètre de l’État et de transférer au secteur privé des actifs jugés non stratégiques ou générateurs de déficits.

Le chef de l’État, libertaire revendiqué, avait déjà engagé la vente de nombreuses entreprises publiques et la suppression de subventions dans les transports et l’énergie. Cette nouvelle mesure confirme la volonté de l’administration Milei de remettre en cause des dispositifs sociaux hérités du passé, au nom de l’efficacité économique et de la réduction de la dépense publique.

Des réactions syndicales et politiques attendues

L’annonce a suscité l’inquiétude des organisations syndicales, qui y voient la fin d’un droit acquis pour les travailleurs. Plusieurs représentants du monde ouvrier ont dénoncé une atteinte au pouvoir d’achat des familles modestes, pour qui ces séjours représentaient l’unique possibilité de partir en vacances. Les oppositions politiques, notamment les formations péronistes et de gauche, critiquent une décision qui priverait les salariés d’un avantage social de longue date.

Aucun détail n’a encore été fourni sur le calendrier précis des cessions ni sur le nombre exact d’établissements concernés. Le gouvernement a toutefois indiqué que la privatisation se ferait par appels d’offres et que les fonds récoltés seraient affectés à la réduction de la dette publique.

Un nouveau tournant dans la politique d’austérité

Cette privatisation s’ajoute à une série de mesures d’austérité prises depuis l’investiture de Javier Milei. Le président argue que ces hôtels, comme d’autres actifs publics, sont sous-exploités et entretiennent un déficit chronique. Il estime que le secteur privé pourra les gérer avec davantage de rentabilité et proposer des prestations de meilleure qualité.

Pour les travailleurs argentins, la fin des tarifs subventionnés signifie une perte de pouvoir d’achat en matière de loisirs. Si certains estiment que la concurrence privée pourrait faire baisser les prix à long terme, beaucoup craignent une flambée des coûts d’hébergement dans les destinations touristiques populaires.

L’Argentine traverse une grave crise économique, avec une inflation qui reste élevée malgré un ralentissement récent. La politique de Javier Milei, fondée sur la dérégulation et la privatisation, vise à assainir les finances publiques et à attirer les investissements étrangers. La vente des hôtels de tourisme social illustre la détermination du gouvernement à poursuivre cette voie, quelles que soient les critiques.