Le parti du Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a obtenu environ 90 % des sièges à l’Assemblée nationale à l’issue des élections législatives qui se sont tenues ces derniers jours. Ce résultat conforte la mainmise du chef de l’exécutif sur les institutions, alors qu’il briguera très probablement un nouveau mandat à la tête du pays.

Un triomphe électoral sans surprise

La formation politique d’Abiy Ahmed rafle la quasi-totalité des sièges parlementaires, selon les résultats provisoires communiqués par les autorités électorales. Ce score écrasant reflète à la fois l’absence d’une opposition crédible et le contrôle étroit du gouvernement sur l’appareil d’État. Les principaux partis d’opposition avaient dénoncé des conditions de campagne inéquitables, évoquant des intimidations et un accès limité aux médias publics. Aucun incident majeur n’a toutefois été signalé le jour du scrutin.

D’un prix Nobel à une figure controversée

Arrivé au pouvoir en 2018, Abiy Ahmed avait suscité l’enthousiasme de la communauté internationale en libérant des prisonniers politiques, en levant l’état d’urgence et en signant un accord de paix historique avec l’Érythrée, qui lui valut le prix Nobel de la paix en 2019. Mais ce capital de sympathie s’est rapidement effrité. Depuis le déclenchement de la guerre dans la région du Tigré en 2020, puis d’autres conflits internes, le dirigeant éthiopien est accusé par des organisations de défense des droits humains de réprimer toute voix discordante, de restreindre la liberté de la presse et de mener des frappes meurtrières contre des civils.

Une démocratie en recul

Les observateurs internationaux pointent un net recul démocratique sous le mandat d’Abiy Ahmed. Le pays est désormais classé parmi les régimes les plus autoritaires d’Afrique de l’Est. Plusieurs journalistes et opposants sont emprisonnés, et les manifestations sont systématiquement interdites. Le Premier ministre justifie ces mesures par la nécessité de préserver l’unité nationale et la sécurité face aux menaces séparatistes ou terroristes. La communauté internationale, tout en condamnant certains excès, maintient des relations économiques avec Addis-Abeba, pays stratégique dans la Corne de l’Afrique.

Quelles perspectives pour le prochain mandat ?

Fort de cette majorité écrasante, Abiy Ahmed devrait entamer un nouveau mandat sans réelle opposition parlementaire. Les défis restent immenses : reconstruction des régions dévastées par la guerre, crise économique avec une inflation galopante, et tensions persistantes avec plusieurs groupes armés régionaux. Les prochains mois montreront si le dirigeant éthiopien, passé du statut de réformateur adulé à celui de chef de guerre, choisira la voie de l’apaisement ou celle d’un durcissement autoritaire.