Un rapport accablant. L'inspection générale des affaires sociales (Igas) et l'inspection générale de l'éducation, du sport et de la recherche (IGESR) ont rendu public, vendredi 26 juin, une enquête de plus d'un an sur l'enseignement supérieur privé lucratif. Le document, qui formule 32 recommandations, pointe des « défaillances significatives » dans le contrôle du secteur et une qualité « insuffisante » pour un grand nombre de formations.

Un constat préoccupant sur les pratiques commerciales et pédagogiques

Les inspecteurs dénoncent plusieurs dérives graves : frais de réservation non remboursables, classes surchargées, volumes horaires réduits, vitrines commerciales trompeuses et promesses d'insertion professionnelle non tenues. Selon le rapport, ces insuffisances exposent une partie des quelque 400 000 étudiants du privé lucratif – soit environ 15 % des effectifs de l'enseignement supérieur – à des « risques nombreux ».

L'enquête a été commandée après les révélations du livre « Le Cube », de la journaliste Claire Marchal, qui détaillait les pratiques du géant Galileo Global Education. Les contrôleurs ont également examiné le groupe Collège de Paris. Les deux entités, qui connaissent des difficultés financières, sont entrées en procédure de sauvegarde. Le rapport souligne que la croissance rapide du secteur, portée par un fort endettement, fragilise certains groupes et les expose à des risques systémiques de faillite.

Des labels « bachelor » et « mastère » dans le viseur

Parmi les 32 propositions figure l'interdiction des labels « bachelor » et « mastère », jugés trompeurs car ils entretiennent la confusion avec les diplômes nationaux. Le rapport préconise aussi une transparence accrue sur les résultats d'insertion professionnelle des diplômés, ainsi que l'obligation pour les groupes présentant un risque de fermeture de fournir un plan garantissant la poursuite d'études des étudiants.

Le ministre promet une régulation ferme

Interrogé par un quotidien économique, le ministre de l'Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, s'est dit « globalement favorable » aux pistes du rapport. Il a exprimé sa colère à propos de l'école Digital College, du groupe Collège de Paris, récemment placée en liquidation judiciaire. La direction de cet établissement, selon le ministre, aurait dépensé 500 000 euros en cartes à jouer Pokémon au lieu de se consacrer aux étudiants. « Face à ceux qui font du profit sur le dos des jeunes, il faut de la régulation », a-t-il affirmé, promettant de « traquer les voyous en col blanc qui arnaquent les étudiants ».

Un projet de loi en attente d'examen

Ce rapport intervient alors qu'un projet de loi visant à réguler l'enseignement supérieur privé lucratif a été adopté en première lecture au Sénat le 1er juin. Le texte devrait être examiné par l'Assemblée nationale en septembre, une échéance que le ministre souhaite voir respectée. La présidente de l'Assemblée, Yaël Braun-Pivet, a également appelé à une adoption rapide. Les inspections espèrent que leurs 32 recommandations viendront compléter et renforcer ce cadre législatif.