La biodiversité des insectes serait bien plus vaste que ce que la science imaginait. Selon une nouvelle évaluation publiée le 29 juin dans la revue PNAS, le nombre d'espèces d'insectes sur Terre se situerait entre 14 et 20 millions. Ce chiffre, présenté par les auteurs comme une estimation prudente, fait plus que doubler le consensus antérieur, qui tournait autour de 6 millions d'espèces.

Pour parvenir à cette conclusion, les chercheurs ont déployé un dispositif d'une ampleur rare. Dans la zone de conservation de Guanacaste, au Costa Rica – une réserve tropicale abritant forêts sèches, forêts de nuages et forêts humides – ils ont installé des pièges de type Malaise, de grandes moustiquaires capturant les insectes en vol. Au total, 1,6 million d'individus ont été collectés. Recourant à une technique d'identification par code-barres ADN (« barcoding »), l'équipe a pu distinguer 53 954 espèces différentes dans ces échantillons.

Une méthode d'extrapolation inédite

Les scientifiques ont ensuite concentré leur analyse sur un groupe spécifique : les guêpes parasitoïdes de la sous-famille des Microgastrinae, dont ils sont spécialistes. Sur les 1 414 espèces de ce groupe piégées à Guanacaste, ils ont estimé le nombre total d'espèces d'insectes présentes sur le site en se basant sur le ratio entre ces guêpes et les autres insectes. Pour généraliser ces résultats à l'échelle planétaire, ils ont utilisé un modèle comparatif : le rapport entre le nombre d'espèces d'arbres présentes à Guanacaste et celui des arbres dans le monde a servi de grille d'extrapolation pour les insectes. Un calcul similaire a été effectué avec les mammifères.

« Leur méthode comporte certains biais et elle est forcément imparfaite, mais ils s'appuient sur un travail d'inventaire colossal et font preuve de prudence en minimisant leurs résultats », commente Jean-Yves Rasplus, entomologiste cité dans l'étude. « C'est un travail bien pensé. »

Un pan entier du vivant à découvrir

Co-auteur de l'étude, Rodolphe Rougerie, chercheur au Muséum national d'histoire naturelle, rappelle que les insectes sont « une classe d'animaux sous-étudiée, car l'essentiel de leur diversité se compose d'organismes de petite taille et se situe dans les régions intertropicales, moins accessibles et moins explorées ». Les outils génétiques modernes ont été décisifs : « Sans ces outils, il aurait fallu une armée de taxonomistes et des années d'études comparatives », ajoute-t-il.

Ces résultats, selon les auteurs, démontrent que la connaissance humaine de la biodiversité est « très incomplète ». Alors que seulement 2 millions d'espèces toutes formes de vie confondues ont été décrites à ce jour, les insectes à eux seuls pourraient représenter un nombre dix fois supérieur. L'étude souligne ainsi l'urgence d'intensifier les efforts d'inventaire et de protection, alors que de nombreuses espèces risquent de disparaître avant même d'avoir été identifiées.