Alors que des centaines de milliers de personnes se pressaient dimanche dans la grande mosalla de Téhéran pour le deuxième jour des funérailles de l’ayatollah Ali Khamenei, une figure manquait à l’appel : son fils et successeur désigné, l’ayatollah Mojtaba Khamenei. Ce dernier n’a pas été vu en public depuis le mois de mars, après avoir été grièvement blessé lors du même raid aérien du 28 février qui a coûté la vie à son père et à plusieurs autres membres de sa famille.

Des blessures et une sécurité drastique

Selon des informations concordantes, Mojtaba Khamenei, âgé de 56 ans, aurait subi une défiguration faciale ainsi que des lésions importantes à une ou aux deux jambes dans l’attaque attribuée à Israël. Depuis son intronisation, il se tiendrait caché dans un bunker, soumis à un strict isolement. Deux membres des Gardiens de la révolution islamique, qui ont requis l’anonymat, ont confié au New York Times que l’équipe de sécurité du guide suprême a formellement rejeté l’idée d’une participation aux cérémonies funèbres, par crainte d’une tentative d’assassinat israélienne ou d’une localisation de sa planque.

Le chef du comité d’organisation des funérailles, Ali Akbar Pourjamshidian, a d’ailleurs indiqué lors d’une conférence de presse ne pas être informé d’un éventuel déplacement du nouveau guide. « La question de la présence du guide suprême ne relève pas de mon autorité ni de mes informations », a-t-il déclaré avant d’ajouter que « si un plan existe, son bureau en communiquera les détails ».

Les autres fils du défunt font leur réapparition

Contrairement à Mojtaba, trois de ses frères – Meysam, Mostafa et Masoud – ont été aperçus en public pour la première fois depuis le début du conflit. Masoud, visiblement ému, essuyait ses larmes avec un keffieh, symbole de solidarité avec les Palestiniens. Leur présence a marqué les esprits, eux qui n’avaient plus été vus depuis le déclenchement de la guerre.

Outre la famille, les plus hauts responsables de l’État et de l’appareil militaire ont assisté aux prières funèbres. Le président Masoud Pezeshkian et le président du Parlement Mohammad Bagher Qalibaf ont prié derrière le cercueil d’Ali Khamenei, entouré des dépouilles de sa fille, de son gendre, de sa belle-fille et de sa petite-fille de 14 mois, toutes tuées dans le même bombardement. Le général Ahmad Vahidi, chef des Gardiens de la révolution, était également présent, flanqué d’agents de sécurité en civil, tout comme Esmail Qaani, commandant de la force Qods.

Un enterrement à Mashhad toujours incertain

Malgré son absence remarquée, Mojtaba Khamenei aurait exprimé le souhait d’assister à au moins une partie des cérémonies, notamment la mise en terre de son père prévue le 9 juillet dans le sanctuaire chiite de l’imam Reza, à Mashhad. Il voudrait également réciter la prière des morts. Mais les conseillers en sécurité lui auraient déconseillé « de se révéler d’aucune manière, y compris en laissant entendre sa voix », selon un proche cité par un média iranien en juin.

Dans sa première déclaration publique après avoir pris le pouvoir en mars, Mojtaba Khamenei avait affirmé avoir vu le corps de son père et qualifié la tâche de s’asseoir dans son fauteuil de « redoutable ». Depuis, le silence est total. Ses partisans, qui espéraient le voir lors des funérailles, devront probablement attendre encore. « Sa sécurité doit être la priorité absolue », a estimé Ehsan Hosseini, un de ses soutiens présent à Téhéran.

Les funérailles, qui se déroulent sur une semaine dans cinq villes et deux pays, continuent d’attirer les foules et les délégations étrangères, mais l’ombre du nouveau guide suprême plane sur chaque étape. Les spéculations sur sa santé et sa capacité à exercer pleinement ses fonctions restent vives, alors que l’Iran traverse une période de tensions régionales et internes accrues.