Les mainteneurs du moteur de jeu libre Godot ont annoncé une refonte de leur politique de contribution, interdisant presque totalement l'emploi de code produit par intelligence artificielle. Cette décision, officialisée cette semaine, fait suite à une multiplication de demandes d'ajout (pull requests) dont la qualité est jugée très insuffisante et souvent irrémédiable.
« L'IA ne peut pas assumer de responsabilité, et nous ne pouvons pas faire confiance aux utilisateurs intensifs d'IA pour comprendre suffisamment leur code afin de le corriger », ont expliqué les responsables du projet dans leur annonce. Ils qualifient ces soumissions de « démoralisantes », en écho à des propos tenus plus tôt dans l'année par le mainteneur Rémi Verschelde, qui déplorait déjà un gaspillage de temps croissant.
Nouvelles règles en détail
Parmi les mesures adoptées, les nouveaux contributeurs – définis comme ceux ayant fusionné trois demandes ou moins – devront obtenir une autorisation explicite des mainteneurs avant de proposer des fonctions majeures ou des refontes significatives du code source. Objectif affiché : écarter les codeurs « vibe » (vibe coders) et les agents automatiques, tout en favorisant une communauté de contributeurs connaissant réellement l'architecture de Godot et prêts à dialoguer avec l'équipe.
Les échanges autour des contributions devront rester strictement humains. Aucun agent d'IA ni robot ne pourra participer aux discussions, sauf pour assurer une traduction entre langues. « Nous devons garantir que les personnes qui choisissent de réviser les demandes d'ajout estiment que leur temps est bien utilisé », précisent les mainteneurs.
Le code rédigé par un agent autonome ou produit par « vibe coding » entraînera désormais un bannissement automatique du dépôt GitHub du projet. La politique étend également l'interdiction à l'utilisation d'IA pour générer une partie substantielle du code. L'assistance par IA est tolérée uniquement pour des tâches mineures comme la complétion de code, les expressions régulières ou les opérations de recherche et remplacement. Les contributeurs ayant recours à l'IA dans une certaine mesure pour rédiger du code sont tenus de le déclarer explicitement dans la discussion de la demande d'ajout.
Une lassitude devenue insoutenable
Les mainteneurs expliquent qu'ils ont longtemps espéré que le problème se résorbe de lui-même, mais que l'ampleur du phénomène les a contraints à agir. Des observateurs du secteur avaient déjà souligné, plus tôt cette année, que les demandes d'ajout générées par IA étaient en grande partie « une véritable pagaille », émanant d'utilisateurs ne maîtrisant pas les propositions qu'ils soumettent.
Le responsable d'un studio utilisant Godot notait que ces contributions sont « largement de la camelote » et proviennent de personnes « qui ne comprennent pas ce qu'elles proposent ». La situation est devenue suffisamment critique pour justifier un changement de cap radical.
Écho dans l'industrie
Cette prise de position intervient dans un contexte plus large de remise en question du « vibe coding ». La semaine dernière, le président du conseil d'Infosys, Nandan Nilekani, estimait lors de l'assemblée générale de la société que ce style de programmation n'était pas une menace pour les professionnels. « Bien que nous adoptions les meilleurs outils de codage et améliorions notre productivité, il y a bien plus à faire dans le cycle de vie du développement logiciel », a-t-il déclaré, insistant sur l'importance du contexte dans l'écriture de logiciels. Un élément que l'IA semble encore incapable de maîtriser, à en juger par les déboires rencontrés par Godot.
La nouvelle politique n'a pas encore été formellement intégrée au règlement du projet, et aucune date de mise en œuvre définitive n'a été communiquée. Les mainteneurs précisent toutefois que les « vibe codeurs » et les agents d'IA ne sont déjà plus les bienvenus, les invitant à ne pas tenter leur chance.