Les conséquences économiques de la guerre au Moyen-Orient continuent de peser lourdement sur la France. L'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) a publié, ce vendredi 29 mai, des indicateurs témoignant d'un net ralentissement de l'activité et d'une inflation toujours orientée à la hausse.
Croissance révisée en territoire négatif
Le produit intérieur brut (PIB) français a enregistré une contraction de 0,1 % au premier trimestre 2026, selon les chiffres désormais officialisés par l'Insee. Cette donnée constitue une révision à la baisse par rapport à l'estimation précédente, qui faisait état d'une croissance nulle. Les statisticiens attribuent cette contre-performance principalement à une diminution de la consommation et de l'investissement des ménages. Le ministre de l'Économie, Roland Lescure, a reconnu qu'il ne s'agissait « pas d'une bonne nouvelle », évoquant également « l'impact assez fort de la loi spéciale qui a suspendu un certain nombre de politiques publiques ».
Face à l'incertitude ambiante, les ménages français adoptent un comportement de prudence accru. Leur taux d'épargne a ainsi grimpé à 17,9 % de leur revenu disponible brut au premier trimestre, contre 17,7 % au trimestre précédent.
Inflation toujours orientée à la hausse
Dans le même temps, l'indice des prix à la consommation a progressé de 2,4 % sur un an au mois de mai, contre 2,2 % en avril. Cette hausse, là encore attendue par les économistes, s'explique principalement par l'accélération des prix de l'énergie, en particulier ceux du gaz. Les statisticiens de l'Insee précisent que ce phénomène est similaire à celui observé en mars et avril, confirmant une tendance durable liée au conflit au Proche-Orient.
Certains analystes évoquent désormais un risque de « stagflation », une situation caractérisée par une activité économique atone couplée à une augmentation persistante des prix. Anthony Morlet-Lavidalie, économiste à l'institut Rexecode, juge que « nous sommes aux prémices d'une situation de stagflation, caractérisée par une activité terne et des prix qui augmentent ».
Le gouvernement serre la vis budgétaire
Pour tenter de soutenir l'activité tout en maîtrisant les finances publiques, l'exécutif a pris une série de mesures. Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a annoncé le 21 mai un nouveau paquet d'aides destiné aux travailleurs, incluant notamment le doublement de l'indemnité « grands rouleurs » et de la « prime carburant » versée par l'employeur.
En parallèle, Bercy a acté le gel ou la suppression de 4 milliards d'euros de crédits budgétaires. Sur ce total, 847 millions d'euros de crédits votés dans la loi de finances en février sont purement et simplement annulés, afin de financer une partie des aides accordées, dont le coût total est évalué à 1,2 milliard d'euros. Les 3,2 milliards d'euros restants sont suspendus et pourraient être réengagés en cas d'amélioration de la conjoncture. Les ministères de la Justice et des Armées sont épargnés par ces coupes.
Par ailleurs, face à la hausse du smic, le gouvernement a également gelé les exonérations de cotisations sociales, une décision qui mécontente le patronat mais qui doit permettre d'économiser 2,2 milliards d'euros. Au total, l'effort de serrage de la ceinture atteint donc 6,2 milliards d'euros.
Un nouveau comité d'alerte fin juin
Ces mesures interviennent alors que la situation budgétaire reste sous haute surveillance. Un comité d'alerte sur les finances publiques s'était réuni en avril, et le gouvernement avait alors évoqué la possibilité de suspendre 2 milliards d'euros supplémentaires du côté de la sphère sociale. L'estimation du coût du choc, initialement chiffré à 6 milliards d'euros en avril, paraît désormais dépassée.
Pour tenir l'objectif de réduction du déficit à 5 % du PIB d'ici la fin de l'année, de nouvelles mesures d'économies pourraient être annoncées. Un nouveau comité de suivi est prévu fin juin afin de réévaluer l'ampleur du choc sur l'économie française.