Une suspension administrative

Le ministère de la Culture a officialisé mardi 30 juin la suspension de Pierre-Olivier Costa de son poste de président du Musée des civilisations de l'Europe et de la Méditerranée (Mucem), à Marseille. L'intéressé fait l'objet depuis mars d'une enquête préliminaire ouverte par le parquet de Marseille pour des faits de harcèlement sexuel et moral. Cette mesure conservatoire a été prise « dans l'attente des conclusions de l'enquête administrative et judiciaire en cours », a précisé le ministère dans un communiqué.

Un ancien proche de l'Élysée sous pression

Nommé à la tête du Mucem en 2022, Pierre-Olivier Costa est un haut fonctionnaire qui a notamment occupé le poste de directeur de cabinet de Brigitte Macron. Depuis son arrivée, plusieurs organisations syndicales ont alerté à plusieurs reprises sur ce qu'elles décrivaient comme un management brutal et des comportements inappropriés. Des courriers adressés à la tutelle et des signalements internes auraient été transmis dès 2023, mais sans effet apparent jusqu'à l'ouverture de l'enquête judiciaire.

Des accusations multiples

Selon les éléments portés à la connaissance du parquet, les faits reprochés porteraient sur une période allant de 2022 à 2025. Des témoignages de membres du personnel évoquent des pressions psychologiques répétées, des humiliations publiques et des avances à connotation sexuelle. La direction régionale des affaires culturelles (Drac) Provence-Alpes-Côte d'Azur aurait également été saisie par des agents. L'enquête préliminaire, confiée à la sûreté départementale des Bouches-du-Rhône, doit déterminer la réalité et la gravité des faits.

Réactions et suites

Le ministère de la Culture a souligné que « la présomption d'innocence demeure » et que Pierre-Olivier Costa conserve le droit de présenter sa défense. Contacté, l'intéressé n'a pas souhaité s'exprimer publiquement depuis l'annonce de sa suspension. En interne, la nouvelle a été accueillie avec soulagement par une partie du personnel, tandis que d'autres appellent à attendre les résultats de l'enquête. L'administration du Mucem est assurée temporairement par le secrétaire général de l'établissement, en attendant une éventuelle nomination d'un administrateur provisoire.

Un contexte plus large

Cette affaire relance le débat sur les conditions de travail dans les institutions culturelles françaises. Le Mucem, deuxième musée national le plus fréquenté après le Louvre, emploie environ 250 agents en équivalent temps plein. Plusieurs associations de lutte contre les violences sexistes et sexuelles ont salué la réactivité du ministère, tout en rappelant que « de nombreuses structures restent des zones grises où la parole des victimes peine à émerger ». L'enquête judiciaire devra désormais établir les responsabilités, tandis qu'une procédure disciplinaire pourrait être engagée à l'encontre du président suspendu.