L'enquête sur l'incendie qui a ravagé un dortoir de l'Utumishi Girls Academy Senior School à Gilgil, dans l'ouest du Kenya, a pris un tournant décisif. Les autorités ont annoncé l'arrestation de huit élèves, suspectées d'avoir planifié et exécuté ce que les enquêteurs qualifient désormais d'« attaque criminelle présumée ».
Le feu avait éclaté tôt jeudi, faisant seize morts parmi les pensionnaires. Soixante-treize autres élèves ont été blessées, certaines grièvement. La direction des enquêtes criminelles a indiqué que les huit jeunes filles, identifiées comme étant des « personnes d'intérêt » dans le cadre de la préparation et de la mise en œuvre de cet incendie, ont été placées en garde à vue.
Des enseignants alertés en vain
Les investigations préliminaires ont révélé des éléments troublants. Le ministre kenyan de l'Éducation, Julius Ogamba, a déclaré aux journalistes que deux enseignants avaient été informés des projets présumés des élèves, mais n'étaient pas intervenus pour les empêcher. Cette révélation soulève de sérieuses questions sur la chaîne de responsabilités au sein de l'établissement.
Par ailleurs, M. Ogamba a pointé du doigt de graves infractions aux règles de sécurité. Il a évoqué le surpeuplement des dortoirs et la présence d'une issue de secours verrouillée, autant de facteurs qui auraient pu aggraver le bilan humain. En conséquence, le gouvernement a dissous le conseil d'administration de l'école et a promis des poursuites judiciaires et disciplinaires contre tout membre du personnel reconnu négligent.
Témoignages de rescapées
À la sortie de l'école, des parents angoissés ont passé des heures à attendre des nouvelles de leurs filles. Certains, comme l'a rapporté une journaliste présente sur place, n'avaient toujours pas retrouvé leurs enfants tandis que d'autres savaient leurs filles encore interrogées.
Hilda Njeri, une élève qui se trouvait dans l'un des dortoirs les plus touchés, a livré un témoignage poignant. Blessée à la jambe et au bas du dos, elle a raconté avoir dû sauter par la fenêtre pour échapper aux flammes, faute d'eau pour les combattre. « Le feu était très grand ; nous ne pouvions pas le traverser parce que nous n'avions pas d'eau pour l'éteindre, alors nous avons dû sauter par la fenêtre », a-t-elle confié, ajoutant qu'elle avait du mal à respirer à l'intérieur du bâtiment en feu. Elle a précisé que la directrice de l'école avait pris en charge les frais médicaux des blessées.
Un précédent tragique
Ce drame ravive le souvenir de plusieurs incendies meurtriers dans des écoles kenyanes. En 2024, vingt et un élèves avaient péri dans un incendie dans une école primaire du comté de Nyeri. En 2001, soixante-sept garçons de la Kyanguli Secondary School avaient été tués dans un incendie criminel.
Les huit adolescentes arrêtées seront présentées à la justice dans les prochains jours. L'enquête se poursuit pour déterminer les circonstances exactes de ce qui pourrait être l'un des incendies scolaires les plus graves de l'histoire récente du pays.