L'intelligence artificielle s'impose comme un thème structurant de la campagne présidentielle française. Bruno Retailleau (Les Républicains), Gabriel Attal (Renaissance) et Édouard Philippe (Horizons) ont tous, ces dernières semaines, consacré des développements substantiels à cette technologie lors de leurs premiers meetings ou dans leurs prises de parole.
Bruno Retailleau : une « architecture de civilisation »
Le président des Républicains a présenté, mardi 7 juillet, son « projet IA » depuis la station F, le plus grand campus de start-up au monde, situé dans le 13e arrondissement de Paris. Le sénateur vendéen a qualifié l'intelligence artificielle de « mère de toutes les batailles », estimant qu'il s'agit « d'une bataille pour le progrès, pour que l'on puisse mieux se soigner, mieux travailler, mieux s'informer, se divertir ». Selon lui, ce sujet représente « la grande bataille technologique de notre histoire » et relève d'une « architecture de civilisation ». Il a également affirmé que « l'IA sera la souveraineté », faisant de ce dossier un enjeu de puissance nationale.
Gabriel Attal : un plan de 200 milliards d'euros
Le secrétaire général de Renaissance va plus loin dans ses engagements chiffrés. Lors de son premier meeting, le 30 mai, il a inscrit l'intelligence artificielle parmi les « quatre chantiers capitaux » de son projet pour 2027. Il a appelé à « s'emparer de l'intelligence artificielle » et à ne pas rater le virage de l'IA, « comme la France a raté celui du numérique au début des années 2000 ». En déplacement au salon VivaTech en juin, il a souligné les enjeux économiques : « Si en France, nous avions eu la même croissance et la même productivité qu'aux États-Unis, le salaire médian français ne serait pas de 2 200 euros nets par mois, mais de 3 300 euros nets par mois. Nous devons réussir cette révolution, c'est un enjeu pour les salaires et les emplois des Français. »
Dans un entretien, l'ancien Premier ministre a promis, en cas d'accession à l'Élysée, le lancement d'un « plan France 2040 pour l'IA et l'innovation » doté de 200 milliards d'euros, ainsi qu'un plan « pour former 20 millions de salariés français à l'IA », s'inspirant de l'exemple finlandais qui a choisi de former l'ensemble de sa population active.
Édouard Philippe entre dans la danse
L'ancien chef du gouvernement et président d'Horizons a lui aussi consacré une partie importante de son premier meeting à l'intelligence artificielle. Sans détailler de chiffres aussi précis que son concurrent macroniste, il place la technologie au rang des priorités souveraines et industrielles de son programme.
Un thème porté jusqu'à l'Élysée
Cette attention des candidats s'inscrit dans un mouvement plus large. Emmanuel Macron lui-même a reconnu, en juin, utiliser l'IA pour « faire des recherches », signe que le sujet est désormais ancré dans le paysage politique français. Le gouvernement sortant a déjà consenti des investissements dans ce secteur, mais les candidats entendent désormais proposer des feuilles de route plus ambitieuses.
Concurrence et divergences
Si tous s'accordent sur la nécessité de ne pas manquer ce virage technologique, des nuances apparaissent. Là où Gabriel Attal met l'accent sur l'investissement massif et la formation, Bruno Retailleau insiste davantage sur la souveraineté et la vision civilisationnelle. Édouard Philippe, pour sa part, cherche à se positionner comme un candidat de la raison technologique.
L'IA devient ainsi un marqueur politique distinctif à droite et au centre, à mesure que la campagne présidentielle entre dans une phase active. Les électeurs devront départager des approches qui, si elles convergent sur l'urgence, divergent sur les moyens et les priorités.