Une mort révélatrice
Le 26 juin, alors qu’un épisode caniculaire record frappait la France, Marie-Thérèse, résidente d’un immeuble HLM à Paris, a été retrouvée morte dans son appartement. C’est son infirmier, venu pour des soins quotidiens, qui l’a découverte au pied de son lit. Âgée de 69 ans et malvoyante, celle que ses proches surnommaient « Maïtée » devait fêter son anniversaire en juillet. La température dans son logement de 36,3 degrés Celsius ce jour-là, selon les mesures effectuées dans un appartement voisin, illustre les conditions extrêmes subies par les locataires. Sa belle-sœur, Brigitte, rapporte que la défunte était une ancienne employée de mairie, également atteinte de troubles de la vision. Les voisins expriment leur choc : « Le plus douloureux, c’est de savoir qu’elle est partie toute seule », confie Maria Bedos, habitante de longue date. Magaly N’guyen ajoute : « J’ai immédiatement pensé à la chaleur ». Aucune certitude médicale n’établit formellement le lien de cause à effet, mais le contexte climatique et les témoignages placent la canicule au centre des soupçons.
Des conditions indignes
Immeuble édifié en 1981, le bâtiment n’a fait l’objet d’aucun programme d’investissement pour l’adapter aux chaleurs extrêmes. Ni volets ni stores n’équipent les fenêtres, contraignant les occupants à subir de plein fouet le rayonnement solaire. Ce manque est dénoncé avec véhémence : « Le sol, les poignées de porte, la cuvette des WC… Tout était brûlant », témoigne Hayat Chaïb, locataire malvoyante du cinquième étage. Pour fuir la fournaise, elle a dû se réfugier dans un parc jusqu’à deux heures du matin avec son chien-guide. Son handicap aggrave sa vulnérabilité : « Mon handicap m’enferme dans la chaleur, comme il a enfermé Maïtée », déplore-t-elle. L’ascenseur de l’immeuble étant en panne, toute évacuation rapide est impossible. D’autres résidents ont fui : Elsa et Alejandro, parents d’une nouveau-née de quinze jours, ont quitté leur appartement pour protéger leur bébé dont le corps était « brûlant » et « tout mou ». À l’approche d’une nouvelle canicule début juillet, le couple envisageait déjà de plier bagage.
Un bailleur pointé du doigt
Seqens, le bailleur social gestionnaire de l’immeuble, est accusé par les locataires de ne pas avoir installé de protections solaires malgré des demandes répétées. Aucun programme d’adaptation aux canicules n’a été engagé depuis la construction du bâtiment, il y a près d’un demi-siècle. Les habitants estiment que cette carence expose les personnes les plus vulnérables – personnes âgées, handicapées, nourrissons – à des risques vitaux lors des épisodes de chaleur extrême. La direction de Seqens n’a pas répondu aux sollicitations des résidents. Ce constat fait écho à des études récentes sur la précarité énergétique estivale et le concept de « logements bouilloires », où l’inadaptation des bâtiments anciens amplifie les effets des vagues de chaleur dans les quartiers populaires.
Un bilan humain lourd
Entre le 22 et le 28 juin, Santé publique France a recensé près de 9 000 décès supplémentaires par rapport à la semaine précédente, soit une hausse de 29,1 %, et même 62 % en Île-de-France. Ce pic de mortalité coïncide avec l’épisode caniculaire exceptionnel qui a battu des records de température. Nombre de ces décès sont survenus à domicile, hors des établissements de santé, ce qui souligne l’importance des conditions de logement dans la prévention des risques sanitaires liés à la chaleur. Le décès de Marie-Thérèse illustre de manière tragique comment le mal-logement aggrave l’exposition aux canicules, particulièrement pour les personnes isolées et handicapées. Alors que les canicules deviennent plus fréquentes et intenses avec le changement climatique, les défenseurs du droit au logement appellent à des mesures urgentes pour équiper les HLM de protections solaires et améliorer l’isolation thermique.