Une trentaine de résidents de logements qualifiés de « passoires thermiques » se sont rassemblés mercredi 24 juin 2026 devant leur immeuble, situé dans un quartier populaire de la périphérie parisienne, pour protester contre la chaleur étouffante qui règne chez eux. Munis de thermomètres et de bouteilles d'eau, ils ont interpellé les pouvoirs publics sur l'urgence à rénover ces bâtiments, alors que les températures extérieures frôlent les 40 °C.
« On vit dans un four, l'été c'est invivable », a témoigné Fatima, 45 ans, mère de trois enfants, joint par téléphone. « Les murs chauffent toute la journée, la nuit on n'arrive pas à dormir, les enfants pleurent. On nous dit d'aérer, mais l'air est brûlant. » Ce sentiment d'impuissance est partagé par les jeunes du quartier, nombreux à avoir grandi dans ces appartements où la température intérieure dépasse régulièrement les 30 °C pendant les vagues de chaleur.
Un phénomène amplifié par la mauvaise isolation
Selon les données de plusieurs associations de défense du logement, les quartiers populaires concentrent une part disproportionnée de logements classés F ou G au diagnostic de performance énergétique (DPE), les étiquettes les moins performantes. Ces « passoires thermiques » se transforment en véritables « bouilloires » durant l'été, piégeant la chaleur à l'intérieur. « Chaque été, on cuit un peu plus », résume Mohamed, 22 ans, étudiant en informatique. « On a l'impression que rien ne change, que les pouvoirs publics nous oublient. »
La manifestation de mercredi a été organisée à l'appel d'un collectif de locataires, soutenu par plusieurs associations de lutte contre le mal-logement. Les participants ont brandi des pancartes réclamant « une isolation digne » et « le droit à un logement frais ». « On ne demande pas l'impossible, juste un logement où on ne risque pas de faire un malaise chaque été », a déclaré l'un des porte-parole du collectif.
Des risques sanitaires accrus
Les professionnels de santé alertent depuis plusieurs années sur les conséquences des canicules pour les populations vivant dans des logements mal isolés. « Les personnes âgées et les jeunes enfants sont les plus vulnérables, mais les adolescents et les jeunes adultes ne sont pas épargnés », explique un médecin généraliste exerçant dans le quartier. « La chaleur peut provoquer des insomnies, des coups de chaleur, et aggraver des pathologies chroniques comme l'asthme. »
Les données épidémiologiques montrent que les épisodes de fortes chaleurs entraînent une surmortalité dans les zones urbaines denses, et particulièrement dans les secteurs défavorisés. « Il y a une véritable injustice climatique et sociale », souligne un urbaniste spécialiste des questions de précarité énergétique. « Les quartiers populaires sont souvent plus minéraux, moins végétalisés, avec des bâtiments anciens qui accumulent la chaleur. Les habitants subissent de plein fouet le changement climatique, sans avoir les moyens de s'y adapter. »
Des revendications restées lettre morte ?
Malgré les annonces gouvernementales successives sur la rénovation énergétique des logements, les locataires dénoncent un manque d'avancées concrètes. « On nous promet des aides, des diagnostics, des travaux, mais rien ne bouge », s'indigne Fatima. « L'année dernière, on avait déjà manifesté, on nous avait dit de patienter. On a patienté, et aujourd'hui on cuit encore plus. »
Le collectif réclame notamment la mise en place d'un plan d'urgence pour isoler les logements les plus exposés, avec des financements à la hauteur des besoins. « Il ne s'agit pas seulement de se protéger de la chaleur, mais de protéger la santé des habitants », insiste un membre du collectif. « Chaque canicule est une épreuve. On ne peut pas continuer comme ça. »
La mobilisation de mercredi intervient alors que Météo France a placé plusieurs départements en vigilance rouge canicule, avec des températures dépassant localement les 42 °C. Les prévisions annoncent un été particulièrement chaud, renforçant l'urgence d'une réponse structurelle au mal-logement, qui reste pour l'heure une priorité inaboutie des politiques publiques.