Un haut responsable du ministère indien des Affaires étrangères (MEA) a récemment affirmé que le passeport indien est avant tout un document de voyage et ne doit pas être considéré comme une preuve concluante de citoyenneté, selon des informations rapportées par la presse indienne. Cette distinction, bien que juridiquement établie, a suscité une vive polémique sur les réseaux sociaux, de nombreux citoyens s'interrogeant sur les moyens de prouver leur appartenance à la nation indienne.
L'ancienne diplomate Veena Sikri a rappelé que le ministère de l'Intérieur, et non le MEA, détient l'autorité exclusive pour accorder et déterminer la citoyenneté. « Un passeport est un attribut de la citoyenneté, mais ne la confère pas en soi », a-t-elle déclaré.
Cette prise de position intervient alors que la question de la citoyenneté est devenue l'un des sujets les plus politiquement sensibles en Inde. Elle coïncide également avec la « Révision intensive spéciale » (Special Intensive Revision, SIR) des listes électorales menée par la Commission électorale indienne dans plusieurs États et territoires, dont le Bihar et le Bengale-Occidental. La Commission électorale justifie cette révision par la nécessité de retirer les électeurs inéligibles, mais des critiques estiment qu'elle cible de manière disproportionnée les communautés marginalisées et minoritaires.
La déclaration du MEA a provoqué une onde de choc sur les réseaux sociaux. De nombreux internautes expriment leur perplexité face à une situation où un document officiel délivré par l'État ne suffirait pas à attester de la nationalité de son détenteur. Des questions fusent sur la manière dont les citoyens pourraient désormais prouver leur indianité, notamment dans le cadre des démarches administratives ou électorales.
Pour certains experts, cette affirmation rappelle que le passeport n'a jamais été, en droit indien, un titre de citoyenneté. Il s'agit d'un document délivré par le MEA pour faciliter les déplacements internationaux, tandis que la détermination de la citoyenneté relève du ministère de l'Intérieur, qui peut exiger d'autres justificatifs, comme des certificats de naissance ou des documents de résidence.
Le débat intervient dans un climat politique tendu, où la révision des listes électorales est perçue par certains comme une manœuvre visant à exclure des électeurs potentiels. Le Premier ministre Narendra Modi et son parti, le Bharatiya Janata Party (BJP), ont récemment remporté les élections au Bengale-Occidental, un État où la question de la citoyenneté a été au cœur de la campagne.
Face à l'émoi suscité, les autorités n'ont pas encore apporté de précisions supplémentaires sur les documents qui pourraient être considérés comme des preuves de citoyenneté. La situation reste donc floue pour de nombreux Indiens, qui s'interrogent sur la valeur réelle de leur passeport.