Instaurée à la suite de la canicule meurtrière de l’été 2003, la journée de solidarité devait financer la prise en charge des personnes âgées et handicapées. Le principe est simple : les salariés travaillent un jour férié supplémentaire sans rémunération, tandis que les employeurs versent une contribution. Depuis son entrée en vigueur en 2005, le dispositif a généré des recettes considérables, mais leur utilisation demeure difficile à cerner.

Un cumul financier colossal

Les sommes collectées n’ont cessé de croître. Selon les données disponibles, la journée de solidarité rapporte désormais plus de 3 milliards d’euros par an. Au total, depuis 2005, ce sont plus de 55 milliards d’euros qui ont été réunis. Un chiffre qui interroge, alors que le secteur du grand âge traverse une crise structurelle. « On est dans un puits sans fond », résume un observateur du dossier, cité par plusieurs sources.

Des fonds mal fléchés

À l’origine, l’argent devait être affecté à des dépenses clairement identifiées : amélioration des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), développement des services d’aide à domicile, ou encore soutien aux structures accueillant des personnes handicapées. Mais au fil des ans, la lisibilité des affectations s’est dégradée. Aucun mécanisme de suivi spécifique ne permet aujourd’hui d’assurer que chaque euro collecté via la journée de solidarité bénéficie directement aux publics ciblés.

Certains experts estiment que les montants engrangés auraient dû suffire à climatiser l’intégralité des Ehpad français, une mesure pourtant toujours en attente. Le manque de transparence suscite des critiques récurrentes, tant de la part des associations que des parlementaires.

Un débat politique relancé

La question de la gouvernance de cette manne financière refait surface régulièrement. Plusieurs voix s’élèvent pour réclamer une réforme du dispositif, afin de flécher plus strictement les recettes vers la dépendance et le handicap. Certains défendent l’idée d’un « cinquième risque » de protection sociale, dédié à l’autonomie, tandis que d’autres prônent une simplification et une meilleure évaluation des besoins.

En attendant, les acteurs de terrain dénoncent un « puits sans fond » où les besoins réels des aînés et des personnes handicapées peinent à être couverts, malgré des milliards d’euros collectés chaque année.