Le candidat à la direction du Parti travailliste britannique, Andy Burnham, a intensifié ces derniers jours ses consultations avec les syndicats, dans le cadre d’une campagne centrée sur une promesse de dévolution massive des prérogatives depuis Londres. Selon des informations concordantes, il a présenté aux représentants syndicaux une vision de gouvernement qui rompt avec le centralisme londonien, en proposant la création d’un « No 10 North » – un quartier général installé dans le Nord de l’Angleterre – et un vaste transfert de pouvoirs économiques et politiques vers les régions.

Ce projet, qu’il présente comme un remède aux inégalités territoriales et à l’inefficacité des politiques descendantes, repose sur une réforme en profondeur des institutions. Burnham envisage notamment une scission du Trésor britannique (HM Treasury) en plusieurs entités, afin de rapprocher la prise de décision des territoires. Il propose également une révision des règles budgétaires nationales, qu’il juge trop rigides pour financer les investissements nécessaires dans les infrastructures et les services publics locaux.

Un positionnement qui séduit les syndicats mais irrite l’aile modérée

Le chef du Parti travailliste a rencontré des dirigeants syndicaux, dont certains représentants de grands syndicats de la fonction publique et de l’industrie. Selon des sources proches des discussions, les échanges ont été positifs, plusieurs responsables syndicaux saluant la perspective d’un rééquilibrage des pouvoirs et d’un renforcement des collectivités locales. Burnham aurait promis d’associer les organisations syndicales à la conception de sa future politique régionale.

Cette dynamique a toutefois ravivé des divisions au sein du Labour quant à la stratégie économique du candidat. Le choix d’un proche collaborateur pour occuper le poste de chancelier de l’Échiquier – une nomination qui ne serait effective qu’en cas de victoire aux prochaines élections générales – a provoqué des remous dans les rangs du parti. Plusieurs députés et conseillers locaux, favorables à un maintien de la rigueur budgétaire et à une politique pro-entreprises, expriment leur inquiétude face à ce qu’ils perçoivent comme un virage à gauche. Un cadre du parti, s’exprimant sous couvert d’anonymat, aurait confié que cette décision « fragilise l’unité du parti en pleine campagne ».

Un plan qui suscite l’intérêt des milieux économiques

Au-delà des clivages internes, les propositions de Burnham attirent l’attention de certains milieux d’affaires du Nord de l’Angleterre. Des représentants de chambres de commerce et d’entrepreneurs locaux ont manifesté leur intérêt pour une dévolution qui permettrait de débloquer des investissements dans les transports, le logement et la formation professionnelle. Cependant, des doutes persistent quant à la faisabilité juridique et financière d’une telle réforme, et plusieurs économistes ont souligné le risque de déséquilibres budgétaires si la révision des règles fiscales n’est pas accompagnée de garde-fous.

Des précédents et des incertitudes

Le concept de « good growth » – une croissance équilibrée et durable – que Burnham met en avant comme boussole de sa politique territoriale, n’est pas entièrement inédit. Des politiques de dévolution ont déjà été expérimentées sous les gouvernements précédents, avec des résultats mitigés. En particulier, le programme dit de « levelling up », porté par l’ancien Premier ministre Boris Johnson, avait été critiqué pour son manque de financements adéquats et son approche encore trop centralisée.

Burnham promet d’aller bien plus loin, en transférant des budgets et des compétences clés aux régions, et en créant des institutions régionales dotées de pouvoirs fiscaux limités. Il a également évoqué la possibilité de flexibiliser les règles budgétaires nationales pour autoriser un plus grand endettement public dédié à l’investissement régional. Ces mesures, si elles étaient mises en œuvre, représenteraient un changement significatif dans la gouvernance économique du Royaume-Uni.

Prochaines étapes

La consultation des syndicats se poursuit, et Burnham doit prochainement participer à des réunions publiques dans plusieurs grandes villes du Nord, notamment Manchester, Liverpool et Newcastle. Il devrait également rencontrer des représentants des collectivités locales et des associations d’élus régionaux pour affiner sa proposition. Le débat interne au Parti travailliste s’annonce vif, d’autant que d’autres candidats à la direction – dont certains restent discrets sur leur stratégie – pourraient profiter des divisions pour se positionner en alternative à l’aile gauche du parti.

En l’absence de calendrier officiel pour l’élection du chef du parti, la course à la direction promet de s’intensifier dans les semaines à venir, avec la dévolution comme l’un des principaux thèmes de clivage.