Un revers judiciaire pour Elon Musk

La justice américaine a infligé un nouvel échec à Elon Musk. Le juge fédéral Charles Breyer, siégeant à San Francisco (Californie), a rejeté la requête du propriétaire de X (ex-Twitter) qui cherchait à faire annuler le verdict d'un jury l'ayant reconnu responsable de fraude envers les actionnaires de Twitter. La décision, rendue publique lundi, maintient également la certification de la classe d'investisseurs et accorde aux plaignants des intérêts avant jugement.

Le jury avait estimé en mars 2026 que Musk avait induit en erreur les investisseurs en publiant des messages sur le réseau social en mai 2022, peu après avoir conclu un accord de rachat à 44 milliards de dollars. Dans un premier tweet, le 13 mai, il annonçait que l'acquisition était « mise en attente » dans l'attente de précisions sur la proportion de faux comptes (bots). Deux jours plus tard, il affirmait que cette proportion pourrait dépasser 20 % et que l'opération « ne pouvait pas avancer » tant que Twitter n'aurait pas prouvé qu'elle était inférieure à 5 %. Les investisseurs ont soutenu que ces déclarations visaient à faire chuter le titre pour renégocier à la baisse le prix d'achat ou se retirer de la transaction. Le cours de l'action avait effectivement chuté de 18 % sur deux séances après le premier message.

Des preuves « substantielles » de fausseté

Dans son ordonnance, le juge Breyer a estimé que « des preuves substantielles de fausseté » entouraient le tweet du 13 mai. Il a ajouté qu'« un jury pouvait conclure que Musk avait un intérêt à obtenir des conditions plus favorables ». Le magistrat a toutefois relevé que le milliardaire n'était pas tenu responsable d'un troisième message contesté. Les avocats de Musk n'avaient pas répondu dans l'immédiat aux sollicitations.

L'un des représentants des investisseurs, Mark Molumphy, salue une « très bonne journée » pour les acteurs des marchés publics, après que les jurés ont « rejeté la tentative de Musk de contourner le système ». Selon les estimations de son cabinet, le montant total des dommages pourrait avoisiner les 2,6 milliards de dollars.

Un contentieux multiple

Elon Musk fait également l'objet d'une autre procédure à Manhattan (New York), où il est accusé d'avoir fraudé des investisseurs de Twitter en tardant à déclarer sa participation initiale, ce qui lui aurait permis d'acheter des actions à bas prix et d'entraîner des ventes à perte pour les plaignants.

Par ailleurs, quelques jours après ce rejet, un juge fédéral a autorisé un accord conclu entre la Securities and Exchange Commission (SEC) et Elon Musk, tout en exprimant des « réserves importantes ». Cet arrangement concerne vraisemblablement les mêmes tweets litigieux, mais les détails précis n'ont pas été divulgués.

Contexte et perspectives

Le verdict de mars 2026 avait marqué une étape inédite dans les démêlés judiciaires d'Elon Musk, habitué à bousculer les règles boursières. Le jury avait estimé que les messages du milliardaire n'étaient pas protégés par la liberté d'expression et constituaient une tromperie délibérée envers les actionnaires. Depuis ce jugement, Musk a conservé le contrôle de X, qui a été intégré à sa société SpaceX.

Ce nouveau rejet confirme la solidité de la décision initiale. Les investisseurs devront désormais attendre la fixation définitive du montant des dommages, qui pourrait être multiplié ou minoré en appel. Les experts juridiques s'attendent à ce que la défense de Musk épuise toutes les voies de recours, ce qui pourrait prolonger l'affaire pendant plusieurs années.

La décision du juge Breyer s'inscrit dans une série de batailles judiciaires que mène Elon Musk, entre procès pour fraude, contrôles réglementaires et contentieux liés à ses autres entreprises (Tesla, SpaceX, Neuralink). L'impact sur sa réputation et sur la valorisation de ses sociétés reste à mesurer.