Un héritage toxique persistant
À environ 150 kilomètres au nord de Lusaka, la capitale zambienne, la ville de Kabwe porte les stigmates d’un siècle d’exploitation minière. Surnommée Broken Hill jusqu’en 1966, cette localité est considérée comme l’un des sites les plus pollués de la planète en raison de l’extraction intensive de plomb et de zinc. Un rapport spécial des Nations unies avait déjà qualifié la zone de « zone sacrifiée » en 2022. La comparaison avec la catastrophe de Tchernobyl est parfois évoquée pour décrire l’ampleur de la dégradation environnementale.
La mine, exploitée par une filiale du géant Anglo American de 1925 à 1974 avant sa fermeture définitive en 1994, a laissé derrière elle plus de six millions de tonnes de résidus de plomb exposés à l’air libre. Ces déchets n’ont jamais été évacués, contaminant durablement les sols. Trente ans après l’arrêt de l’activité minière, le taux de plomb dans le terrain reste extrêmement élevé, et plus de 300 000 personnes sont exposées à une pollution qui perdure.
Des pathologies lourdes chez les enfants
Les conséquences sanitaires sont particulièrement graves pour les plus jeunes. Selon un rapport de Human Rights Watch, plus de 95 % des enfants résidant à proximité de l’ancienne mine présentent des taux de plomb dans le sang dépassant le seuil de sécurité fixé par l’Organisation mondiale de la santé, établi à 50 microgrammes par décilitre. De nombreux cas de saturnisme, une intoxication aiguë ou chronique au plomb, ont été recensés.
Les symptômes sont variés et invalidants. Mercy Nyangala, une habitante soignée, témoigne avoir ressenti des vertiges, des maux de tête et une somnolence excessive. Après dix semaines de traitement, elle déclare se sentir mieux. Mais les retards mentaux, les difficultés d’apprentissage et les anémies touchent de nombreuses familles, qui n’ont souvent pas les moyens de se faire soigner.
Les mesures de prévention, comme éviter que les enfants ne jouent dans le sable ou marchent pieds nus, se heurtent à la précarité du quotidien. Rose Asabi, membre de l’ONG Environnement Africa, souligne le paradoxe : « Le mieux est de paver les maisons ou de planter du gazon. Mais comment faire quand on n’a même pas l’eau courante ? » Les efforts de dépollution restent jugés insuffisants au regard de l’étendue de la contamination.
Une action en justice collective en Afrique du Sud
Face à cette situation, une procédure judiciaire a été engagée. Quelque 140 000 femmes et enfants touchés, estimés par les sources, participent à une action collective intentée contre Anglo American South Africa Limited (AASA) devant la Haute Cour de Johannesbourg. Le procès, qui porte sur un empoisonnement présumé, vise à obtenir réparation pour les conséquences sanitaires de la pollution. Un jugement est attendu dans le courant de l’année. Cette affaire pourrait constituer un précédent important pour la responsabilité des multinationales minières dans les pays en développement.