Plaidoirie de culpabilité et abandon des charges de meurtre

Kenneth Law, un ancien ingénieur de Mississauga (Ontario), a plaidé coupable vendredi 29 mai devant la Cour supérieure de justice de l’Ontario, siégeant à Newmarket, de 14 chefs d’« encouragement ou aide au suicide ». Il comparaissait vêtu d’un blazer sombre, d’une chemise blanche et d’un pantalon beige, et a déclaré au juge Michelle Fuerst comprendre l’étendue de ses actes. En échange de ce plaidoyer, les procureurs ont accepté de retirer les 14 accusations de meurtre au premier degré qui pesaient initialement contre lui. La peine sera prononcée en septembre. Chaque chef d’accusation est passible, en droit canadien, d’une peine maximale de 14 ans d’emprisonnement.

Des victimes très jeunes

Les 14 personnes décédées en Ontario étaient âgées de 16 à 36 ans, selon le parquet. Dans l’enceinte du tribunal, des proches ont laissé éclater leur émotion lors de la lecture des charges. Mais l’affaire ne se limite pas au Canada : l’enquête a révélé que Law a expédié 1 209 colis à des acheteurs répartis dans 41 pays. Au Royaume-Uni, 286 personnes ont reçu ses produits, et 112 décès ont été constatés. Dans le cadre de la procédure canadienne, Kenneth Law a officiellement admis être à l’origine de la mort de 79 personnes au Royaume-Uni, a précisé le Crown Prosecution Service britannique.

Pas d’extradition : la colère des familles

La veille de l’audience, l’Agence nationale de lutte contre la criminalité (NCA) et le Crown Prosecution Service ont informé les familles endeuillées qu’ils ne demanderaient pas l’extradition de Kenneth Law. Cette décision a provoqué un vif mécontentement parmi les proches, qui se disent « insultés » de ne pas voir le prévenu jugé sur le sol britannique. L’enquête menée par la NCA avait pourtant mis en évidence l’ampleur des livraisons au Royaume-Uni, où Law est soupçonné d’avoir envoyé ses « kits de suicide » en connaissance de cause.

Le fonctionnement du réseau

Kenneth Law exploitait des sites internet de vente de substances chimiques létales, notamment du nitrite de sodium (un sel toxique), accompagnées d’instructions détaillées sur leur utilisation. Les autorités estiment que ses activités ont commencé bien avant son arrestation en mai 2023. Les colis transitaient par la poste canadienne vers des dizaines de pays, dont les États-Unis, l’Italie, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Les familles des victimes dénoncent depuis des années la passivité des plateformes de vente en ligne et des autorités face à ce trafic.

Une affaire qui interroge la coopération judiciaire

Ce refus d’extradition soulève des questions sur la coordination entre les systèmes judiciaires canadien et britannique. Kenneth Law reste passible d’une peine au Canada, mais les proches des 79 victimes britanniques estiment que la justice de leur pays aurait dû pouvoir le juger directement. Le Crown Prosecution Service, tout en justifiant sa décision par des motifs juridiques, a reconnu que la reconnaissance des décès outre-Manche dans le cadre de la procédure ontarienne constitue un élément important. La sentence, attendue en septembre, sera scrutée de près des deux côtés de l’Atlantique.