Le constructeur de matériel agricole John Deere s’est engagé, dans le cadre d’un accord avec la Commission fédérale du commerce (FTC) des États-Unis, à permettre aux propriétaires de ses machines de les faire réparer par eux-mêmes ou par des ateliers indépendants. Cette décision, officialisée mercredi 9 juillet 2026, intervient après une plainte déposée en janvier 2025 par la FTC et plusieurs États, qui accusaient l’entreprise de détenir un monopole illégal sur les services de réparation de ses équipements.

L’accord impose à John Deere, pour une durée de dix ans sous le contrôle de la FTC, de mettre à disposition des agriculteurs et des réparateurs tiers les mêmes logiciels de diagnostic, les mêmes manuels et les mêmes pièces que ceux réservés jusqu’ici à ses concessionnaires agréés. « Cela permet aux agriculteurs de faire ce qu’ils ont toujours fait – réparer leurs propres tracteurs et autres équipements – sans avoir à payer un concessionnaire agréé pour le faire à leur place », a déclaré Daniel Guarnera, directeur du Bureau de la concurrence de la FTC, dans un communiqué.

Des années de tensions autour du droit à la réparation

Depuis plus d’une décennie, les agriculteurs américains dénonçaient les pratiques de John Deere, qui limitait l’accès aux outils électroniques nécessaires pour diagnostiquer et réparer les composants informatisés de ses machines. L’entreprise, qui produit les seuls logiciels capables d’effectuer certaines réparations électroniques, ne les mettait auparavant à disposition que de ses concessionnaires officiels. Les retards de prise en charge, parfois de plusieurs semaines, pouvaient compromettre les récoltes et entraîner des factures très élevées.

Walter Schweitzer, agriculteur et éleveur de troisième génération dans le Montana, a raconté avoir dû attendre une semaine qu’un technicien se déplace pour diagnostiquer un problème sur son tracteur en 2020. Le diagnostic avait finalement révélé un simple capteur de carburant défectueux. « Nous aurions pu commander la pièce et très probablement la remplacer nous-mêmes », a-t-il expliqué. Il a estimé que la facture, près de 4 000 dollars, était très supérieure au coût réel de la main‑d’œuvre, qu’il évalue à « cinq ou six cents dollars ».

Les termes de l’accord

John Deere, tout en niant les accusations de violation des lois fédérales et étatiques, a salué l’accord. « C’est une bonne nouvelle pour nos clients et pour l’avenir de la manière dont les équipements Deere sont entretenus », a affirmé Denver Caldwell, vice-président chargé du soutien à la clientèle, dans un communiqué. L’entreprise s’est engagée à rendre accessibles toutes les futures ressources de réparation et à demander à ses concessionnaires de promouvoir leur disponibilité.

Les États parties à la plainte – l’Arizona, l’Illinois, le Michigan, le Minnesota et le Wisconsin – recevront également une compensation financière au titre des frais de justice et autres coûts.

Une victoire pour le mouvement du « droit à la réparation »

Cet accord fédéral est considéré par les défenseurs du droit à la réparation comme une avancée majeure. En avril 2026, John Deere avait déjà accepté de verser 99 millions de dollars dans le cadre d’un recours collectif distinct intenté par des agriculteurs en 2022. Mais selon les associations, la décision de la FTC a une portée bien plus grande, car elle transforme des promesses en obligations juridiques.

« Après des années de lutte pour le droit à la réparation, cet ordre donne un véritable espoir aux agriculteurs », a écrit Willie Cade, membre du conseil d’administration de l’organisation Repair.org. « Mais les promesses sur le papier doivent devenir des outils entre les mains des agriculteurs, et nous surveillerons la mise en œuvre à chaque étape », a-t-il ajouté.

Nathan Proctor, directeur de la campagne « Right to Repair » de l’association de consommateurs US PIRG, a estimé que « nous devrions pouvoir réparer nos propres affaires » et que l’accord « donne aux agriculteurs plus et de meilleures options pour réparer leurs équipements. C’est une victoire pour les agriculteurs et pour tous ceux qui souhaitent un monde plus réparable. »

Une surveillance renforcée

L’accord prévoit une supervision de la FTC pendant dix ans, avec possibilité de prolongation en cas de violation. John Deere devra également s’assurer que ses concessionnaires informent activement les clients de la disponibilité des outils de réparation en libre accès. Cette décision pourrait servir de précédent pour d’autres secteurs où les fabricants limitent les réparations par des verrous logiciels.