La visite du Premier ministre indien Narendra Modi en Australie, qui s'inscrit dans une tournée l'ayant également conduit en Indonésie et en Nouvelle-Zélande, a donné lieu à une série d'annonces bilatérales marquant un renforcement significatif des liens entre New Delhi et Canberra. Les deux capitales ont notamment officialisé l'opérationnalisation des exportations d'uranium australien destiné au programme nucléaire civil indien, une décision qui intervient après des décennies de divergences sur ce sujet.

Sur le plan militaire, la coopération a franchi une étape symbolique et concrète : l'Australie a invité un instructeur militaire indien à servir au sein de l'Australian Defence College. Ce geste illustre le chemin parcouru depuis 1998, lorsque Canberra avait suspendu toute coopération de défense avec l'Inde après les essais nucléaires de Pokhran. À l'époque, les officiers indiens en formation dans des établissements australiens avaient été renvoyés dans leur pays. Aujourd'hui, la relation s'est transformée en un partenariat stratégique aux multiples facettes.

Les deux pays ont également convenu d'étendre leur collaboration en matière de sécurité maritime, de cyberdéfense et de technologies critiques. Des accords ont été signés dans les secteurs de l'énergie propre, des compétences, de l'investissement et des minéraux critiques. Ces domaines sont jugés essentiels pour sécuriser les chaînes d'approvisionnement et réduire la dépendance à l'égard de la Chine, dans un contexte de compétition stratégique croissante en Asie-Pacifique.

L'Inde et l'Australie partagent plusieurs caractéristiques : ce sont des démocraties fédérales, multiculturelles, de common law, et toutes deux attachées à un ordre international fondé sur des règles. Les Indiens constituent aujourd'hui la première source de migrants qualifiés en Australie, un facteur qui renforce les liens humains entre les deux nations.

Au-delà des accords bilatéraux, la tournée de Narendra Modi dessine une vision plus large de l'équilibre des puissances dans l'Indo-Pacifique. Face à la montée en puissance de la Chine et à l'imprévisibilité de la politique américaine sous l'administration Trump, New Delhi cherche à tisser des alliances capables de préserver un équilibre régional. L'Indonésie, première escale de la tournée, constitue un pivot entre les océans Indien et Pacifique. La Nouvelle-Zélande, dernière étape, étend la portée diplomatique indienne dans le Pacifique Sud.

Cette tournée illustre la transformation de l'Inde, qui passe du statut de puissance émergente à celui de puissance capable de façonner l'environnement stratégique régional, sans pour autant tomber dans une logique de confrontation directe avec Pékin. Les accords conclus à Melbourne montrent que l'axe indo-australien est devenu l'un des piliers de cette stratégie.