L'ancien libraire hongkongais Lin Wing-kee est décédé à l'âge de 70 ans. Il a succombé à un cancer du poumon jeudi soir à l'hôpital Mackay Memorial de Taipei, a-t-on appris de sources concordantes.

Lin Wing-kee était l'un des cinq employés de la librairie Causeway Bay Books qui avaient disparu en 2015. Il avait ensuite été placé en détention par les autorités chinoises pendant plus de 400 jours, après un voyage sur le continent. Il était poursuivi pour avoir diffusé des publications jugées hostiles à la haute hiérarchie politique de Pékin.

Un exil à Taïwan après une loi d'extradition controversée

En 2019, craignant d'être renvoyé en Chine en vertu d'un projet de loi d'extradition présenté par le gouvernement hongkongais, Lin Wing-kee s'était enfui à Taïwan. L'île, que Pékin considère comme une province rebelle à réunifier, avait alors vu la réouverture de sa librairie comme un symbole de démocratie et de liberté.

Son cas avait alimenté les craintes d'un empiètement croissant de la Chine sur les libertés de Hong Kong, un territoire revenu sous souveraineté chinoise en 1997. Ces inquiétudes avaient contribué aux vastes mouvements de protestation qui ont secoué l'ancienne colonie britannique en 2019.

Les réactions à Taïwan

Le président taïwanais Lai Ching-te a exprimé sa « profonde tristesse » après l'annonce du décès, adressant ses condoléances à la famille et aux proches du libraire. Il a salué en sa vie un témoignage de « la valeur de la liberté d'expression, ainsi que de la peur et de la souffrance infligées par la répression autoritaire ».

« Il a choisi de ne pas se taire. Au contraire, il a rouvert sa librairie Causeway Bay Books à Taïwan, en faisant un lieu où les amis de Hong Kong pouvaient se réunir, s'exprimer et se soutenir mutuellement », a ajouté le dirigeant taïwanais.

Le récit d'une détention

Lors de sa détention en Chine, Lin Wing-kee avait été contraint d'apparaître dans une confession diffusée à la télévision chinoise. Il a par la suite affirmé que cette séquence avait été mise en scène et jouée selon un scénario préétabli.

Dans un entretien accordé l'année dernière, il avait déclaré : « Chacun a ses propres valeurs. On ne peut pas aller à l'encontre de ses valeurs, ni trahir les autres. Si vous croyez que quelque chose est juste, vous devez continuer à y tenir. Ce n'est pas comme si vous faisiez du mal à quelqu'un. Si tout le monde pouvait faire cela, ce serait bien sûr un monde meilleur. »

Sa disparition ravive le souvenir d'une affaire qui avait cristallisé les tensions entre Pékin et les défenseurs des libertés civiles. Le sort de Lin Wing-kee était devenu un symbole de la répression politique en Chine et des restrictions imposées à Hong Kong depuis l'adoption de la loi sur la sécurité nationale en 2020.

L'ancien libraire laisse derrière lui une famille et un héritage contestataire qui continue d'inspirer les militants pour les droits de l'homme dans la région.