L'Inde et l'Australie ont scellé un accord majeur permettant à Canberra d'exporter de l'uranium vers New Delhi, une décision qui donne un nouvel élan aux ambitions nucléaires civiles de l'Inde. L'annonce est intervenue jeudi 9 juillet à Melbourne, en marge du troisième sommet annuel entre les deux nations, qui réunissait le Premier ministre indien Narendra Modi et son homologue australien Anthony Albanese.
« Nous avons signé aujourd'hui un accord important sur l'énergie nucléaire », a déclaré Narendra Modi. « Cela ouvrira la voie aux approvisionnements en uranium depuis l'Australie vers l'Inde et donnera un nouvel élan à nos objectifs en matière d'énergie propre. » Les deux parties ont souligné que cette vente d'uranium serait destinée « exclusivement à des fins pacifiques ».
Un partenariat stratégique renforcé
Le sommet de Melbourne s'inscrit dans le cadre du dialogue régulier visant à approfondir le partenariat stratégique global entre l'Inde et l'Australie. Celui-ci couvre des domaines aussi variés que la défense, la sécurité maritime, la sécurité énergétique et le commerce. La conclusion de cet accord sur l'uranium était attendue depuis plusieurs années, les discussions butant notamment sur les engagements de l'Inde en matière de non-prolifération et sur la nécessité d'un accord administratif bilatéral.
L'Inde, qui n'a pas signé le Traité de non-prolifération nucléaire (TNP), bénéficie d'une exception négociée avec le groupe des fournisseurs nucléaires depuis 2008, ce qui lui permet de commercer avec des pays comme l'Australie. Canberra avait levé son moratoire sur les ventes d'uranium à l'Inde en 2014, mais les modalités précises de mise en œuvre n'avaient été finalisées que récemment.
Implications pour l'énergie propre
New Delhi considère le nucléaire comme un pilier de sa transition énergétique et de son objectif de neutralité carbone à l'horizon 2070. L'accord australien devrait sécuriser une source supplémentaire de combustible pour ses centrales existantes et en projet, contribuant ainsi à réduire sa dépendance aux énergies fossiles. L'Australie, premier exportateur mondial d'uranium, voit dans ce contrat un débouché commercial important pour son industrie minière.
Les deux dirigeants ont également évoqué d'autres sujets de coopération bilatérale lors du sommet, notamment la défense et la sécurité dans l'Indo-Pacifique, où les deux pays partagent des préoccupations communes face à l'affirmation militaire de la Chine. L'Inde et l'Australie sont membres du Quad, avec les États-Unis et le Japon, et participent régulièrement à des exercices navals conjoints.
Réactions et perspectives
L'accord a été salué par les milieux d'affaires et énergétiques en Inde, qui y voient une diversification de l'approvisionnement en uranium, jusqu'ici dominé par le Kazakhstan, le Canada et la Russie. En Australie, l'annonce a reçu un accueil plus contrasté, des organisations environnementales dénonçant les risques liés au nucléaire, tandis que le gouvernement travailliste d'Anthony Albanese défend la vente comme un levier de coopération avec un partenaire démocratique clé.
Aucun détail n'a été divulgué sur le volume des livraisons ni sur leur calendrier. Les experts estiment que les premières cargaisons pourraient intervenir d'ici un à deux ans, après la finalisation des formalités techniques et réglementaires. L'accord prévoit que l'uranium australien sera utilisé uniquement dans des installations civiles placées sous les garanties de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA).
Ce rapprochement énergétique s'inscrit dans une dynamique plus large de resserrement des liens entre l'Inde et l'Australie, qui ont également signé un accord de libre-échange partiel en 2022 et coopèrent étroitement dans le domaine des technologies critiques et des chaînes d'approvisionnement résilientes.