Les Algériens se rendent aux urnes ce jeudi 2 juillet pour élire les 407 députés de l'Assemblée populaire nationale (APN), dans un climat de profond désintérêt populaire. La participation, principal enjeu de ce scrutin, menace de tomber à un niveau historiquement bas, après une campagne jugée atone et sans débat de fond.

Un scrutin sous le signe du désenchantement

Près de 24 millions d'électeurs sont inscrits sur le territoire national, auxquels s'ajoutent environ 850 000 Algériens de la diaspora – dont la plus importante communauté réside en France – qui ont commencé à voter dès samedi. Quelque 10 000 candidats briguent les sièges de l'APN, dont 12 réservés aux représentants de l'étranger.

Mais l'enthousiasme n'est pas au rendez-vous. Depuis l'arrivée au pouvoir du président Abdelmadjid Tebboune en 2019, dans la foulée du mouvement de contestation populaire du Hirak qui avait mis fin à vingt ans de pouvoir autoritaire d'Abdelaziz Bouteflika, le taux d'abstention n'a cessé de grimper, tous scrutins confondus. Les observateurs redoutent que ce scrutin n'établisse un nouveau record d'abstention, symptôme d'une défiance croissante envers la classe politique.

Un verrouillage politique dénoncé par l'opposition

Si les partis politiques ont déployé des affiches, organisé des meetings dans toutes les wilayas (régions) du pays, jusque dans le Sahara, et investi les réseaux sociaux (Facebook, TikTok) pour promouvoir leurs listes, la campagne est restée vide de propositions concrètes. Les sujets de fond, tels que la fragilité du modèle économique algérien, la dépendance aux hydrocarbures ou les réformes institutionnelles, ont été éludés.

Dans ce contexte, l'opposition dénonce un verrouillage du jeu électoral. Plusieurs formations politiques ont fait état d'invalidations massives de candidatures, réduisant leur capacité à présenter des listes complètes et à peser dans le débat. Cette fragmentation accrue de l'opposition, combinée à un encadrement strict de la campagne par les autorités, conduit de nombreux électeurs à considérer le scrutin comme dépourvu de réel enjeu.

Un Parlement menacé d'affaiblissement

Au-delà de la participation, c'est le rôle même de l'institution parlementaire qui est en cause. Dans un système où l'exécutif concentre l'essentiel des pouvoirs, l'APN est souvent perçue comme une chambre d'enregistrement. Une abstention massive ne ferait que renforcer ce sentiment, en privant l'assemblée de la légitimité populaire qui lui permettrait de contrebalancer le pouvoir présidentiel.

Les analystes soulignent que, faute de représentation crédible issue des urnes, le Parlement risque de voir son influence réduite à la portion congrue, tandis que les décisions continueront d'être prises au sommet de l'État. Ce scénario conforterait la thèse d'une démocratie de façade, où les élections servent davantage à légitimer un régime qu'à offrir un réel choix aux citoyens.

Les résultats du scrutin, attendus dans les prochains jours, seront scrutés de près : au-delà du nombre de sièges remportés par chaque parti, c'est le taux de participation qui déterminera en grande partie la portée politique de ces législatives et la marge de manœuvre du futur Parlement.