Plus de 24 millions d'électeurs algériens sont appelés à se rendre aux urnes jeudi 2 juillet pour renouveler l'Assemblée nationale. Ce scrutin, le premier organisé depuis la fin du mouvement de contestation populaire du Hirak, intervient dans un contexte de défiance croissante envers les institutions. Les observateurs redoutent un taux d'abstention record, qui viendrait affaiblir davantage la légitimité d'un Parlement déjà perçu comme une chambre d'enregistrement.

Une campagne sous le signe de la désillusion

Près de 10 000 candidats sont en lice pour 407 sièges, dont douze réservés à la diaspora. Pendant trois semaines, les formations politiques ont déployé des affiches, organisé des meetings dans toutes les wilayas, y compris dans le Sahara, et investi les réseaux sociaux (Facebook, TikTok) pour présenter leurs listes. Pourtant, cette effervescence apparente contraste avec l'apathie d'une large partie de l'électorat.

Les premiers signes annoncent une participation historiquement basse. Ce désintérêt traduit un sentiment de lassitude et d'impuissance face à un jeu politique jugé verrouillé. De nombreux citoyens estiment que le scrutin ne changera rien à leur quotidien ni à l'équilibre des pouvoirs, largement dominé par la présidence.

Une opposition laminée et fragmentée

L'opposition se présente plus divisée que jamais. Plusieurs de ses figures dénoncent une invalidation massive de leurs candidatures par l'administration électorale, ce qui a considérablement réduit leur capacité à peser dans les urnes. Cette fragmentation profite de facto aux partis proches du pouvoir, qui devraient conserver, voire renforcer, leur hégémonie au sein de l'Assemblée.

Pour les rares candidats issus de l'opposition encore en lice, l'objectif semble moins de gagner des sièges que de témoigner de la persistance d'une voix critique. Mais dans un hémicycle où la majorité présidentielle dispose déjà d'une écrasante domination, la marge de manœuvre des élus contestataires s'annonce infime.

Un Parlement aux prérogatives réduites

Cette élection pourrait accélérer le déclin du rôle du Parlement. Des observateurs soulignent que l'institution a vu ses prérogatives se réduire au fil des réformes, concentrant l'essentiel du pouvoir décisionnel entre les mains de l'exécutif. Le scrutin du 2 juillet risque ainsi de consacrer une chambre législative encore plus affaiblie, incapable de jouer son rôle de contre-pouvoir ou de contrôle de l'action gouvernementale.

Les analystes estiment que la faible participation et l'écrasement de l'opposition pourraient paradoxalement offrir au pouvoir un semblant de légitimité formelle, tout en aggravant le fossé entre la classe politique et la société.

Enjeux pour la diaspora

Les Algériens de l'étranger, représentés par douze sièges, sont également invités à voter. Mais là encore, la mobilisation s'annonce faible, reflétant le désenchantement de la communauté expatriée vis-à-vis d'un système politique dont elle se sent exclue. Les candidats issus de la diaspora peinent à faire entendre leurs propositions dans un espace médiatique dominé par les thèmes nationaux.

Quel avenir pour la démocratie algérienne ?

Au-delà des résultats, ce scrutin pose la question de la viabilité du modèle politique algérien. Le Hirak avait porté l'espoir d'une transition démocratique, mais les législatives de 2026 semblent marquer un retour à un statu quo autoritaire, où le Parlement n'est qu'une chambre d'enregistrement. L'abstention massive, si elle se confirme, sera interprétée comme un désaveu cinglant de la classe politique dans son ensemble, et pourrait nourrir de nouvelles formes de contestation.