Une annonce de recrutement pour deux bergers, postée fin avril sur les réseaux sociaux chinois par un exploitant agricole de Mongolie-Intérieure, est devenue virale, attirant quelque 59 millions de vues sur le réseau social Weibo. L’offre, pourtant modeste, a suscité un afflux inattendu de candidats : ouvriers d’usine, jeunes diplômés et employés de bureau, tous séduits par la promesse d’un mode de vie simple et éloigné du stress des grandes villes.
Une annonce simple, un engouement massif
L’auteur de l’offre, Zuo Xiaoyong, cherchait deux bergers – de préférence un couple – pour s’occuper de ses 3 000 moutons sur un pâturage de 2 000 hectares. En été, les employés sont chargés de mener le troupeau dehors ; en hiver, ils assurent l’alimentation et le nettoyage à l’abri, alors que les températures peuvent descendre sous les -30°C. La ferme est située à environ 300 km de la ville de Xilinhot, près de la frontière mongole.
Le salaire proposé est de 8 000 yuans (environ 1 180 dollars) par mois et par personne, le logement et les courses étant fournis. Ce montant dépasse largement le salaire urbain moyen du secteur privé en Chine, qui avoisine 6 000 yuans. La vidéo accompagnant l’annonce, montrant des moutons gambadant dans des prairies verdoyantes, a contribué à son succès viral.
Des candidats de tous horizons
L’ampleur de la réponse a surpris Zuo Xiaoyong lui-même : il a reçu « des milliers et des milliers » de demandes. « Nous avons reçu tant d’appels que j’ai dû éteindre mon téléphone », a-t-il déclaré. Parmi les candidats figuraient des cols blancs en quête de sens, comme un responsable des ressources humaines d’un groupe coté en bourse, mais aussi des ouvriers d’usine, des diplômés universitaires et même des parents cherchant une meilleure éducation pour leurs enfants.
Un candidat de 26 ans, Wang Dong, a expliqué avoir postulé après avoir vu des dizaines de vidéos sur le sujet. « Je travaille dans une usine, je fais 12 heures par jour, sans week-ends, repoussant sans cesse mes jours de repos », a-t-il confié. « Un travail à l’extérieur avec des moutons me semble nettement plus épanouissant. » Un autre candidat de 24 ans, Wang Jiantao, diplômé en commerce international, a indiqué que son salaire actuel de 5 000 yuans par mois l’avait poussé à chercher ailleurs : « Je suis célibataire, je n’ai pas de dettes, alors pourquoi ne pas essayer ? »
Un symptôme des tensions du marché du travail
Ce phénomène s’inscrit dans un contexte de ralentissement économique et de chômage élevé chez les jeunes Chinois. Le pays a enregistré en mars un taux de chômage des 16-24 ans de 16,9 %, un niveau élevé malgré les efforts du gouvernement pour soutenir l’emploi. Parallèlement, des millions de diplômés arrivent chaque année sur le marché, accentuant la concurrence pour les postes qualifiés. Dans le même temps, le secteur privé, frappé par le ralentissement de la consommation et la crise immobilière, réduit ses effectifs.
L’attrait d’une vie plus simple
Pour beaucoup, l’offre de berger représente une échappatoire au modèle de travail intensif, souvent appelé « 996 » (9h-21h, six jours par semaine). Les candidats évoquent un désir de renouer avec la nature, de réduire le stress et de retrouver un équilibre de vie. Un responsable des ressources humaines, candidat potentiel, a confié : « La vie m’a abattu. Je veux être brisé par la nature plutôt que par les humains. »
L’engouement pour ce métier traditionnel montre un décalage grandissant entre les aspirations de nombreux travailleurs chinois et les réalités du marché urbain. Les « emplois de berger » deviennent ainsi une métaphore d’une quête de sens et de simplicité dans un pays où la pression au travail et le coût de la vie ne cessent d’augmenter. Les candidats, qui viennent parfois de très loin, doivent souvent passer par des entretiens en ligne avant un éventuel déménagement dans cette région reculée.
Les autorités locales et le gouvernement central suivent de près ces évolutions, mais aucune mesure concrète n’a encore été annoncée pour répondre à ce phénomène.