Abou Dhabi, qui s'était fixé pour objectif de faire des Émirats arabes unis la nation la mieux préparée au monde pour l'intelligence artificielle (IA), voit ses plans entravés par la guerre en Iran. Depuis le début de l'offensive américano-israélienne contre Téhéran en février, les infrastructures numériques émiraties, pourtant au cœur de la stratégie de diversification économique, ont subi des attaques répétées.

Des milliers de missiles et de drones iraniens ont visé les bureaux et les centres de données d'entreprises internationales présentes sur le sol émirati, notamment ceux d'Amazon, Google, Microsoft et Nvidia. Cette multiplication des frappes a transformé le territoire en l'une des cibles principales de la riposte iranienne, selon plusieurs analystes.

Menaces sur les câbles sous-marins et les approvisionnements

Au-delà des frappes directes, le conflit a fragilisé l'ensemble des infrastructures numériques de la région. La sécurité des câbles sous-marins, qui constituent l'épine dorsale de la connectivité des centres de données, est désormais remise en question. Par ailleurs, le blocus du détroit d'Ormuz, d'abord imposé par l'Iran puis par les États-Unis, a considérablement ralenti les livraisons de matériel nécessaire à l'extension et à la maintenance des infrastructures informatiques.

Les experts soulignent que la protection des centres de données est devenue un enjeu majeur de sécurité nationale, comparable à celle des infrastructures critiques traditionnelles.

Un pari stratégique mis à l'épreuve

L'État du Golfe avait pourtant misé sur une stratégie de pointe en nommant dès 2017 Omar Sultan al-Olama au poste de ministre de l'intelligence artificielle, une première mondiale. Six ans plus tard, ce dernier figurait sur la liste inaugurale TIME100 AI du magazine américain. Ce succès politique et médiatique était le signe d'une transformation profonde de l'économie émiratie, qui entendait devenir un hub mondial pour les technologies numériques.

Le conflit actuel met à mal ces ambitions. Toutefois, les observateurs rappellent que le pays a déjà fait preuve par le passé d'une capacité de résilience économique notable, ce qui pourrait lui permettre de surmonter ces nouvelles difficultés.