Le débat sur une mutualisation de la dette au sein de l'Union européenne connaît un nouveau rebond. Le ministre espagnol de l'Économie, Carlos Cuerpo, a estimé ces derniers jours qu'une « fenêtre d'opportunité » se présentait pour relancer l'idée d'une émission commune de titres souverains européens. Cette déclaration intervient alors que les deux principales économies de l'UE, l'Allemagne et la France, remettent en question la faisabilité et l'opportunité d'un tel mécanisme.
Les espoirs de Madrid
Lors d'une intervention publique, Carlos Cuerpo a souligné que les conditions économiques et politiques actuelles pourraient permettre d'avancer sur ce dossier, longtemps considéré comme tabou dans plusieurs capitales. Il a notamment mis en avant la nécessité de renforcer la capacité d'investissement collective de l'Union, dans un contexte de transformations structurelles et de compétitivité mondiale. Le ministre espagnol n'a pas détaillé les modalités précises envisagées, mais a insisté sur l'importance d'une démarche commune pour répondre aux défis de la décennie à venir.
Les réserves de Berlin et Paris
Simultanément, des responsables allemands et français ont fait part de leurs préoccupations face à cette proposition, selon des informations concordantes. Ils estiment qu'une émission de dette mutualisée pourrait créer des précédents problématiques en matière de discipline budgétaire et de souveraineté nationale. Les deux pays, qui sont les principaux contributeurs nets au budget européen, craignent que ce dispositif n'affaiblisse les incitations à mener des réformes structurelles dans les États membres les plus endettés. Aucune position officielle commune n'a toutefois été formalisée, chaque gouvernement conservant une marge de négociation.
Un débat récurrent
La proposition de Madrid s'inscrit dans un long débat européen sur la mutualisation de la dette. Si l'émission de « coronabonds » avait été écartée au plus fort de la pandémie, l'Union avait finalement adopté un plan de relance commun financé par un emprunt collectif, constituant un précédent. Depuis, certains pays, dont l'Espagne et l'Italie, plaident pour la création d'un actif sûr européen permanent, tandis que les États dits « frugaux » (Allemagne, Pays-Bas, Autriche) restent réticents. Les échanges entre les capitales se poursuivent, sans calendrier précis pour une décision.