Le président iranien Masoud Pezeshkian est arrivé à Islamabad ce mardi pour une visite d’État, son premier déplacement à l’étranger depuis l’attaque conjointe des États-Unis et d’Israël contre l’Iran le 28 février. Cette visite survient au lendemain de l’annonce d’une feuille de route de soixante jours conclue entre Téhéran et Washington lors de pourparlers de haut niveau à Bürgenstock, en Suisse.

Des discussions historiques sous médiation pakistanaise

Les négociations, qui se sont tenues lundi, ont réuni le vice-président américain JD Vance et le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Qalibaf. Le Pakistan et le Qatar ont joué le rôle de médiateurs, le premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif ayant personnellement facilité les échanges. Selon les termes de l’accord-cadre, des équipes techniques des deux camps doivent désormais préciser les modalités d’application, notamment en ce qui concerne la levée des sanctions et le contrôle du programme nucléaire iranien.

Un déplacement chargé de symboles

Au cours de son séjour, Pezeshkian doit s’entretenir avec Shehbaz Sharif et le président pakistanais Asif Ali Zardari. Le président du Sénat Yousaf Raza Gilani, le président de l’Assemblée nationale Sardar Ayaz Sadiq ainsi que le vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères Ishaq Dar sont également attendus lors des rencontres.

Pour les observateurs, ce voyage est bien plus qu’une simple visite bilatérale. « Le fait que Pezeshkian se rende à Islamabad immédiatement après la signature du protocole d’accord nous indique qu’il a besoin de transformer cet accord fragile en capital politique – chez lui, au sein de l’État, dans la région et sur la scène internationale », analyse Reza Khanzadeh, chercheur au George Mason University. « Il a davantage besoin de cette visite que le Pakistan. »

Un contexte intérieur tendu

L’accord intervient dans un climat politique iranien marqué par des divisions internes, rappelant celles qui avaient entouré le Plan d’action global conjoint (JCPOA) de 2015. Ce précédent pacte nucléaire, signé entre l’Iran et six grandes puissances, avait été dénoncé en 2018 par le président américain de l’époque, Donald Trump. Les factions conservatrices iraniennes demeurent sceptiques quant aux concessions accordées à Washington.

Pezeshkian cherche ainsi à consolider son assise politique en multipliant les appuis régionaux. Le Pakistan, qui a activement œuvré à la médiation, représente un allié de poids dans cette dynamique. La visite vise également à renforcer les liens économiques et sécuritaires entre les deux voisins, alors que la région du Golfe et la mer d’Oman restent des zones de tensions stratégiques.

Quelles suites pour l’accord ?

Si la feuille de route prévoit un cessez-le-feu et des discussions approfondies dans un délai de deux mois, plusieurs questions demeurent en suspens, notamment le sort des avoirs iraniens gelés et la réouverture du détroit d’Ormuz. Le secrétaire d’État américain Marco Rubio s’est lui-même rendu au Moyen-Orient ces derniers jours pour aborder ces enjeux.

En attendant, la venue de Pezeshkian au Pakistan constitue un signal fort : celui d’une diplomatie iranienne qui, malgré les fractures intérieures, cherche à capitaliser sur l’ouverture négociée avec Washington pour redéfinir sa place dans l’équilibre régional.