Carl Erik Rinsch, réalisateur hollywoodien connu pour le film « 47 Ronin » sorti en 2013, a été condamné ce lundi à 30 mois de prison fédérale par un tribunal de Manhattan. Il avait été reconnu coupable en décembre dernier d'avoir détourné 11 millions de dollars que la plateforme Netflix lui avait confiés pour la production d'une série de science-fiction intitulée « Conquest ».
Le juge Jed Rakoff, qui siégeait à la cour fédérale de District de Manhattan, a également ordonné au cinéaste de rembourser l'intégralité des sommes détournées, de suivre un programme ambulatoire de soins de santé mentale et de s'abstenir de consommer des stupéfiants. La peine prononcée est moitié moins sévère que celle réclamée par le ministère public, qui demandait 60 mois d'incarcération.
Des témoignages en faveur de l'accusé
Dans sa décision, le juge Rakoff a semblé sensible aux lettres de soutien envoyées par plusieurs personnalités, dont l'acteur Keanu Reeves, qui avait côtoyé Rinsch sur le tournage de « 47 Ronin ». « Je crois que des circonstances ont surgi dans lesquelles sa santé mentale a été compromise par un mauvais usage de médicaments et peut-être d'autres problèmes, ce qui a amplifié les actes d'autosabotage et de mégalomanie », a écrit l'acteur dans sa missive citée lors de l'audience.
Des fonds détournés vers des placements personnels et des achats de luxe
Selon l'accusation, Netflix avait versé à Carl Rinsch environ 55 millions de dollars entre 2018 et début 2020 pour développer cette série, initialement intitulée « White Horse ». Le réalisateur avait sollicité 11 millions supplémentaires en affirmant qu'ils étaient nécessaires pour achever la production. Or, au lieu d'affecter cette somme au projet, il l'a déposée sur un compte personnel et l'a utilisée pour des opérations boursières. Il aurait perdu la moitié de cette somme en seulement deux mois.
Les procureurs ont également établi que le cinéaste avait spéculé sur des cryptomonnaies et s'était offert des biens de luxe : cinq Rolls-Royce, une Ferrari, des nuits dans des hôtels cinq étoiles en Californie et en Espagne, ainsi que des matelas valant des centaines de milliers de dollars. La plateforme de streaming avait mis fin au projet début 2021, jugeant le comportement de Rinsch de plus en plus erratique.
Un procès marqué par des témoignages troublants
Lors de son procès, qui a duré une semaine à New York, plusieurs cadres de Netflix ont témoigné, affirmant n'avoir autorisé qu'une seule saison de la série, que le réalisateur n'a jamais livrée. Carl Rinsch a lui-même pris la parole à la barre – une démarche rare pour un accusé dans une affaire criminelle – pour plaider la méprise. Il soutenait avoir cru que l'argent était destiné à maintenir le projet en vie durant la pandémie de Covid-19.
D'après des témoignages recueillis lors de l'enquête, des proches et des collègues ont décrit un comportement devenu de plus en plus irrationnel peu après la signature du contrat avec Netflix. Le réalisateur affirmait notamment être capable de prédire les éclairs et les éruptions volcaniques, et disait connaître un « mécanisme de transmission secret » du coronavirus.
Une peine saluée par le parquet
Avant le prononcé de la peine, Carl Rinsch a présenté ses excuses et déclaré accepter la responsabilité de ses actes. Le procureur fédéral Jay Clayton a commenté la décision en ces termes : « La peine prononcée aujourd'hui envoie un message de dissuasion : la fraude ne sera pas tolérée. » Outre la peine d'emprisonnement, le juge a imposé trois ans de liberté surveillée après la détention, une confiscation de 11 millions de dollars et une amende de 700 dollars.
Carl Rinsch encourrait jusqu'à 90 ans de prison avant l'audience, mais les experts prévoyaient une peine réduite compte tenu des circonstances.