Les autorités aéroportuaires romaines tirent la sonnette d'alarme. À quelques semaines du pic de la saison touristique, elles estiment que le nouveau système de contrôle aux frontières de l'Union européenne pourrait provoquer une « catastrophe » dans leurs terminaux, avec des files d'attente interminables et des avions contraints de décoller sans avoir pu embarquer tous leurs passagers. Les gestionnaires des aéroports de Fiumicino et de Ciampino menacent de suspendre unilatéralement ce dispositif si Bruxelles n'accède pas à leur demande de moratoire.
Un système pointé du doigt
Le dispositif contesté est le système d'entrée/sortie (EES), un nouveau mécanisme biométrique destiné à enregistrer numériquement les passages des ressortissants de pays tiers à chaque entrée et sortie de l'espace Schengen. Conçu pour renforcer la sécurité et mieux contrôler la durée des séjours, sa mise en place généralisée a déjà connu des reports et se heurte aujourd'hui à des difficultés opérationnelles majeures dans plusieurs hubs européens. Les représentants des aéroports romains dénoncent un goulet d'étranglement qui ralentit dangereusement le flux des voyageurs, particulièrement en période de haute affluence.
Les opérateurs italiens ne sont pas les seuls à exprimer leur inquiétude. Leurs homologues d'autres grands aéroports européens observent la situation avec attention, certains ayant déjà signalé des retards significatifs aux points de passage frontaliers. L'Association du transport aérien international (IATA) a elle-même récemment mis en garde contre les risques de saturation si des assouplissements n'étaient pas rapidement décidés.
Des avions qui partent à moitié vides
L'un des symptômes les plus alarmants de cette défaillance logistique est le nombre croissant d'appareils qui quittent le tarmac sans avoir pu accueillir tous les passagers ayant réservé. Les compagnies aériennes signalent que des voyageurs arrivent à la porte d'embarquement après avoir passé plusieurs heures dans des files d'attente aux contrôles d'identité, notamment aux postes de police des frontières. Ce phénomène, observé dès le début de l'été, prive les transporteurs d'une partie substantielle de leurs recettes en haute saison.
Selon des sources proches du dossier, les aéroports de la capitale italienne ont vu transiter des millions de passagers depuis le début de l'année, et les prévisions pour juillet et août laissent entrevoir un afflux encore plus massif. Les gestionnaires estiment que le système EES, dans sa configuration actuelle, est incapable d'absorber un tel volume sans provoquer des perturbations inacceptables pour les voyageurs et pour l'économie régionale.
Menace de suspension unilatérale
Face à cette perspective, les responsables des aéroports romains ont adressé un ultimatum à la Commission européenne. Ils demandent une suspension temporaire du nouveau système de contrôle pour toute la période estivale, faute de quoi ils se réservent le droit de ne pas l'appliquer dans leurs infrastructures. Cette menace, inédite par sa vigueur, place les autorités européennes devant un dilemme : soit assouplir les règles pour éviter l'engorgement, soit risquer une rupture unilatérale du dispositif commun par une plateforme majeure du réseau.
Dans le même temps, les compagnies aériennes multiplient les appels à une coordination renforcée entre les États membres. Plusieurs d'entre elles ont déjà annoncé des ajustements de leurs horaires pour tenter de lisser les flux, mais ces mesures sont jugées insuffisantes pour résoudre le problème structurel posé par les contrôles aux frontières.
Un enjeu touristique et économique
L'Italie, troisième économie de la zone euro, vit de son tourisme. Rome accueille chaque année des dizaines de millions de visiteurs, dont une majorité de ressortissants extra-européens soumis à l'EES. Tout ralentissement dans le traitement des passeports se répercute directement sur l'activité des commerces, des hôtels et des restaurants de la capitale.
Les autorités italiennes, tant locales que nationales, suivent le dossier de près. Le gouvernement n'a pas encore pris position officiellement, mais des discussions sont en cours avec la Commission pour trouver une solution technique, comme l'augmentation du nombre de bornes automatiques ou le déploiement de personnel supplémentaire aux heures de pointe. Ces mesures pourraient toutefois s'avérer difficiles à mettre en œuvre à très court terme, alors que l'été bat son plein.
Des précédents et des précédents
La crise romaine n'est pas un cas isolé. À Bruxelles, des files d'attente comparables ont été observées fin juin, obligeant les autorités belges à réagir en urgence. Le déploiement de l'EES, repoussé à plusieurs reprises depuis son adoption, semble se heurter partout à la même réalité : les infrastructures aéroportuaires, conçues pour traiter rapidement les flux, ne parviennent pas à intégrer ces contrôles additionnels sans créer de goulets d'étranglement.
Les gestionnaires des aéroports romains espèrent que leur mise en garde sera entendue avant que la situation ne dégénère en plein mois d'août, traditionnellement le plus chargé de l'année. En attendant, les voyageurs sont invités à se présenter bien en avance à l'aéroport, tandis que les compagnies préparent des plans de contingence pour minimiser les retards en cascade.