L'annonce du président américain Donald Trump de délivrer à l'Ukraine une licence de production pour les missiles sol-air Patriot suscite un espoir certain à Kiev, mais les précédents allemand et japonais invitent à la prudence. Seuls deux autres alliés de Washington – l'Allemagne et le Japon – ont obtenu des autorisations similaires, et ni l'un ni l'autre n'a réussi à monter en cadence rapidement.
Des années de préparation, une production encore balbutiante
La licence allemande a été accordée fin 2022, dans un contexte de craintes quant à la capacité de l'Europe à se défendre face aux missiles russes. Une usine a été prévue dans la ville de Schrobenhausen, dans le sud du pays, mais elle n'a encore produit aucun missile Patriot. Ce n'est qu'à partir de l'année prochaine que ce site devrait commencer à livrer des intercepteurs, dans le cadre d'un contrat conclu en 2024 pour fournir jusqu'à 1 000 missiles à l'Espagne, l'Allemagne, les Pays-Bas et la Roumanie.
Le Japon a obtenu sa licence bien plus tôt, en 2005, pour fabriquer des intercepteurs de nouvelle génération PAC-3, en partenariat avec les industriels américains Raytheon et Lockheed Martin. Il a fallu trois ans avant que les Forces d'autodéfense japonaises ne réussissent leur premier test. Aujourd'hui, Tokyo produit environ trente Patriots par an, un rythme très inférieur à ce qu'espérerait l'Ukraine en situation de guerre.
Un défi d'ingénierie aérospatiale
« Une licence de fabrication n'est pas une solution rapide », explique Satoru Mori, professeur de politique internationale contemporaine à l'université Keio à Tokyo. « C'est un exploit d'ingénierie aérospatiale incroyablement complexe. » Cette complexité technique et les lourds investissements requis expliquent pourquoi même des alliés de longue date peinent à industrialiser la production.
Les dirigeants ukrainiens se sont dits confiants dans leur capacité à démarrer rapidement la fabrication des Patriots après l'annonce de M. Trump. Mais les experts rappellent que Kiev devra non seulement acquérir les technologies, mais aussi former une main-d'œuvre qualifiée et construire des infrastructures adaptées – un processus qui se mesure en années, pas en mois.
Un contexte de dépendance occidentale
Malgré les efforts européens pour développer leurs propres systèmes, la dépendance vis-à-vis du matériel américain reste forte. Le chancelier allemand Friedrich Merz a d'ailleurs annoncé jeudi que son gouvernement avait conclu un accord avec les États-Unis pour l'achat de missiles Tomahawk. Cette annonce souligne la complexité des chaînes d'approvisionnement et la persistance du leadership industriel américain dans le domaine de la défense antiaérienne.
Pour l'Ukraine, l'obtention de la licence constitue un succès diplomatique important. Mais les leçons de l'Allemagne et du Japon indiquent que la traduction de cette autorisation en une capacité opérationnelle significative prendra du temps, même avec une forte volonté politique et des besoins urgents sur le champ de bataille.