Une annonce choc en marge du sommet de l'Otan

Donald Trump a fait une promesse inattendue au président ukrainien Volodymyr Zelensky lors de leur rencontre bilatérale, mercredi 8 juillet, à Ankara. Le chef de l'État américain a déclaré que les États-Unis accorderaient à l'Ukraine une licence pour fabriquer des missiles Patriot, des intercepteurs de dernière génération capables d'abattre les missiles balistiques. « Nous allons vous donner une licence pour fabriquer des Patriots », a-t-il lancé, ajoutant qu'il n'avait pas encore informé les industriels Lockheed Martin et Raytheon de cette décision, mais que « cela s'arrangerait ».

Cette autorisation, réclamée depuis plusieurs mois par Kiev, intervient alors que l'Ukraine subit des bombardements russes intensifs. Les missiles balistiques représentent selon Zelensky le « dernier avantage majeur » de Moscou, car ils sont particulièrement difficiles à intercepter en raison de leur vitesse élevée et de leur trajectoire plongeante. Les Patriots constituent le seul système dans l'arsenal ukrainien capable de les neutraliser.

Un contexte de pénurie mondiale d'intercepteurs

La décision américaine fait écho à une situation de pénurie critique. Selon des estimations du Center for Strategic and International Studies (CSIS), les États-Unis ont consommé plus de la moitié de leurs stocks de missiles Patriot lors de leur conflit avec l'Iran plus tôt dans l'année. « Nous avons des Patriots, mais pas en grande quantité. Nous en avons besoin aussi pour nous-mêmes », a reconnu Donald Trump.

L'armée de l'air ukrainienne a signalé que dimanche soir, sur les 23 missiles balistiques tirés par la Russie, aucun n'a pu être abattu, faute d'intercepteurs disponibles. Cette attaque a fait plus de vingt morts. Plus récemment, des frappes russes ont tué dix personnes à travers l'Ukraine, dont trois à Kiev.

Des interrogations sur la faisabilité technique

Si l'annonce a été accueillie positivement à Kiev, des doutes subsistent quant à sa mise en œuvre concrète. Un ancien officier des services de sécurité ukrainiens, Ivan Stupak, a estimé que « l'Ukraine n'est pas en mesure de produire ce type de munitions avancées, car il s'agit d'un équipement de pointe extrêmement sophistiqué ». Selon lui, il est plus probable que la production soit délocalisée sur le sol européen.

Le système Patriot est l'un des plus coûteux au monde : une batterie complète vaut environ un milliard de dollars, et seuls 600 missiles sont fabriqués chaque année, selon le département américain de la Défense. Les délais de production sont également longs.

Un sommet marqué par l'unité affichée

L'annonce de Donald Trump a constitué le point d'orgue du 36e sommet de l'Otan, qui s'est achevé sur une déclaration commune réaffirmant « l'engagement indéfectible » des alliés en faveur de l'article 5 de défense collective. Les 32 membres ont également confirmé un soutien militaire de 70 milliards d'euros (80 milliards de dollars) pour l'Ukraine en 2026, avec des niveaux équivalents prévus pour 2027, principalement financés par l'Europe et le Canada.

La déclaration finale désigne la Russie comme « une menace à long terme pour la sécurité et la stabilité euroatlantiques », et évoque la nécessité de renforcer l'Europe de la défense au sein de l'Otan, conformément aux souhaits américains de réduire leur effort sur le Vieux Continent.

Un revirement dans la relation Trump-Zelensky

La rencontre entre les deux présidents contraste avec la brouille très médiatisée de l'année précédente. Donald Trump a qualifié Vladimir Poutine de « personnage difficile », avant d'ajouter que Zelensky en était aussi « un ». Il a toutefois exprimé son optimisme quant à un éventuel accord de paix, tout en reconnaissant la complexité du dossier : « Ce n'est pas la chose la plus facile. Il y a beaucoup d'engagement, et beaucoup d'amour des pays pour tout cela. »

Mercredi matin, le président américain avait pourtant manifesté son mécontentement envers l'Otan, critiquant le manque de soutien face à l'Iran et évoquant la question du Groenland. Mais lors de la réunion à huis clos, il n'a montré aucun signe d'énervement, selon des participants, et n'a pas prononcé un mot sur le Groenland.

Quelles suites pour cette licence ?

Reste à savoir quand et comment cette licence sera mise en œuvre. Donald Trump n'a fourni aucun calendrier. Le président ukrainien avait officiellement demandé cette autorisation en mai dernier. Les discussions techniques entre les industriels américains et les autorités ukrainiennes devront déterminer le lieu de production et les conditions de transfert de technologie. En attendant, l'Ukraine continue de plaider pour un accroissement urgent des livraisons de missiles intercepteurs prêts à l'emploi.