Le marché mondial des semi-conducteurs est en pleine recomposition sous l'effet de l'intelligence artificielle. Les deux principaux fabricants de puces mémoire, le sud-coréen SK Hynix et l'américain Micron Technology, ont publié des résultats trimestriels qui confirment leur place centrale dans l'essor des systèmes d'IA générative. Leur point commun : la production de mémoire à large bande passante (HBM, pour High Bandwidth Memory), un composant clé des GPU et autres accélérateurs utilisés pour l'entraînement et l'inférence des modèles d'IA.

Les performances de Micron ont largement dépassé les prévisions des analystes financiers. Cette bonne tenue s'explique principalement par la forte hausse des expéditions de modules HBM, dont les prix de vente sont nettement supérieurs à ceux de la mémoire DRAM classique. La direction de l'entreprise a souligné que l'ensemble de sa production de HBM pour l'année en cours est déjà réservée par des clients, un signe de la tension qui règne sur ce segment.

Un duopole face à une demande insatiable

SK Hynix, de son côté, avait déjà ouvert la voie en annonçant des résultats portés par le même moteur. Le groupe sud-coréen détient une part de marché historiquement dominante sur le créneau du HBM, et il a multiplié les investissements pour étendre ses capacités de production. Les deux entreprises se livrent une concurrence acharnée pour décrocher les contrats des grands donneurs d'ordres, au premier rang desquels figure NVIDIA, le leader des circuits graphiques dédiés à l'IA.

Micron a récemment annoncé l'entrée en production de masse de sa sixième génération de mémoire HBM (HBM4), tandis que SK Hynix prépare également sa propre version de cette technologie. Les analystes estiment que la demande de HBM pourrait encore croître de 50 % à 70 % en volume l'année prochaine, tirée par le déploiement de nouveaux centres de données et l'amélioration continue des modèles d'IA.

Des investissements massifs en jeu

Pour répondre à cette explosion de la demande, les deux industriels ont engagé des plans d'investissement colossaux. Micron a dévoilé un programme de construction de nouvelles usines aux États-Unis, soutenu par des subventions publiques dans le cadre du CHIPS Act. SK Hynix, de son côté, accélère la construction d'un complexe de production en Corée du Sud et explore des partenariats avec des fondeurs taïwanais pour sécuriser son approvisionnement en substrats.

Ces dépenses d'investissement massives pèsent toutefois sur les marges à court terme. Les deux groupes ont indiqué qu'ils s'attendent à une stabilisation des prix de vente du HBM au second semestre, après plusieurs trimestres de hausse continue. Certains observateurs mettent en garde contre un risque de surapprovisionnement si la demande venait à ralentir, mais les perspectives de croissance à long terme de l'IA restent jugées très solides.

Un marché à deux vitesses

Au-delà du seul segment HBM, le marché global des puces mémoire DRAM et NAND connaît une reprise cyclique, mais celle-ci reste inégale. Micron et SK Hynix bénéficient d'un effet d'aubaine sur les produits haut de gamme, tandis que la mémoire grand public (PC, smartphones) peine à retrouver son niveau d'avant la pandémie. Les deux groupes se sont déclarés confiants dans leur capacité à maintenir une rentabilité élevée grâce au mix produits favorable.

Cette dynamique conforte la position dominante des deux sociétés sur le marché mondial des puces mémoire, un secteur longtemps considéré comme cyclique et peu rentable. L'IA est en train de transformer cette industrie en un pilier stratégique de l'économie numérique, avec des implications géopolitiques importantes, notamment dans la rivalité technologique entre les États-Unis et la Chine.