Une figure emblématique de la Galerie Victor-Emmanuel II, à Milan, vient de bénéficier d’une restauration ciblée : les testicules du taureau en mosaïque, situé au cœur de ce passage marchand qui fait face au Dôme. La cause de cette usure prématurée est une superstition locale bien ancrée.
Un geste rituel aux conséquences matérielles
Selon la croyance populaire, les passants qui foulent cette partie de l’animal et tournent leur talon trois fois dans le sens des aiguilles d’une montre s’attirent la bonne fortune. Ce geste, répété quotidiennement par des milliers de personnes, a fini par user les tesselles roses qui composaient l’œuvre originale, comme l’ont indiqué des conseillers municipaux. Les petites pierres colorées, fragilisées par le piétinement incessant, ont ainsi nécessité une intervention de restauration.
Un travail de précision confié à un spécialiste
Le restaurateur Gianluca Galli a été chargé de cette mission, qui a duré une semaine entière. Il a expliqué avoir utilisé des pierres provenant des archives relatives à la mosaïque, les taillant à la main en suivant les dessins d’époque. Pour assurer la pérennité de son travail face aux sollicitations futures, il a fait le choix d’un mortier moderne : des résines époxy, capables de résister à la fois au poids du lavage de la galerie et au passage continuel des visiteurs, contrairement au mortier de chaux et de sable employé à l’origine.
Une première restauration en 2017
Cette opération n’est pas une première. Des mosaïques du taureau avaient déjà été reposées en 2017, preuve que la pratique superstitieuse ne date pas d’hier et que l’usure est un phénomène récurrent. L’animal, représenté en bleu et beige, est par ailleurs l’emblème de la ville de Turin, située plus au nord, et qui fut la première capitale de l’Italie unifiée.
Le problème récurrent des œuvres d’art victimes de leur succès
Ce taureau milanais rejoint ainsi une liste d’œuvres d’art publiques détériorées par la ferveur des touristes. On peut citer, dans un registre similaire, le buste de Dalida à Paris, dont l’entrejambe a été lustré par les passants, ou encore la poitrine de la statue de Molly Malone à Dublin. La restauration des parties intimes de l’animal a donc été rendue nécessaire par l’affection – et les frottements – des visiteurs en quête de chance.