Les bureaux de Supermicro Computer à Taïwan ont fait l'objet d'une perquisition menée par les autorités judiciaires locales, dans le cadre d'une enquête élargie sur un trafic présumé de semi-conducteurs vers des pays soumis à des restrictions d'exportation, ont confirmé plusieurs sources proches du dossier.
L'opération a été menée dans le cadre d'une procédure judiciarie ouverte par le parquet taïwanais, qui examine depuis plusieurs mois des soupçons de contournement des sanctions américaines concernant l'exportation de processeurs Nvidia destinés à des applications d'intelligence artificielle. Les perquisitions ciblent plusieurs sites appartenant à la filiale locale du groupe américain, spécialisé dans la fabrication de serveurs de haute performance.
Super Micro, acteur clé dans la chaîîne d'approvisionnement des GPU
Fondée en 1993 et basée à San José, en Californie, Supermicro fournit des serveurs et des systèmes de stockage utilisés dans les centres de données du monde entier. L'entreprise est particulièrement sollicitée depuis l'essor des charges de travail liées à l'intelligence artificielle générative, qui nécessitent des centaines de milliers de processeurs graphiques (GPU) interconnectés. Or, une grande partie de ces GPU sont produits par la société américaine Nvidia.
Depuis fin 2022, le gouvernement des États-Unis a imposé des restrictions croissantes à l'exportation de semi-conducteurs avancés, en particulier ceux destinés à des applications d'IA, vers la Chine et d'autres destinations jugées sensibles. Ces mesures visent à prévenir l'utilisation de technologies américaines à des fins militaires ou de surveillance par Pékin.
L'enquête s'élargit
Selon des informations recoupées, les investigations menées par les autorités taïwanaises ne se limitent pas à Supermicro. Plusieurs entreprises basées sur l'île sont également soupçonnées d'avoir joué un rôle dans des circuits de contournement. Les procureurs examinent notamment des transferts de marchandises via des intermédiaires dans des pays tiers, où des GPU destinés à des clients chinois auraient transité sous des statuts d'exportation légitimes.
L'enquête aurait débuté à la suite d'informations fournies par des services de renseignement américains et des rapports d'audits internes. Les perquisitions de ces derniers jours marquent une escalade dans la procédure. Des agents du bureau de procure de la région de Taipei auraient saisi des documents et supports numériques.
Réactions de l'entreprise
Contactée par plusieurs médias, Supermicro n'a pas communiqué officiellement sur les faits. L'entreprise n'a pas confirmé les détails des perquisitions ni émis de déclaration sur le fond des accusations. Sa filiale taïwanaise n'a pas non plus répondu aux sollicitations.
Des analystes financiers s'interrogent sur l'impact potentiel de cette affaire sur les activités du groupe. Les actions de Supermicro avaient bondi ces derniers mois en Bourse grâce à la demande soutenue pour ses serveurs compatibles avec les GPU Nvidia destinés à l'IA, mais toute entrave judiciaire ou réglementaire pourrait peser sur la valorisation.
Implications géopolitiques
Ce dossier illustre les tensions croissantes entre les États-Unis et la Chine dans le domaine des technologies avancées. Taïwan, où sont produits l'essentiel des semi-conducteurs les plus sophistiqués au monde — notamment par Taiwan Semiconductor Manufacturing Company (TSMC) — se trouve au centre de cette compétition technologique.
L'élargissement de l'enquête pourrait avoir des répercussions sur l'ensemble de la filière des semi-conducteurs, alors que les autorités américaines multiplient les contrôles pour s'assurer que leurs règles d'exportation sont respectées. Plusieurs experts estiment que des procédures similaires pourraient être ouvertes dans d'autres juridictions, notamment aux États-Unis même.
Cette affaire survit dans un contexte déjà tendu, marqué par des menaces de sanctions américaines contre toute entreprise qui contribuerait à l'acquisition par la Chine de technologies sensibles. Elle pourrait également renforcer les appels à une harmonisation des régulations entre Washington et Taipei.