L’administration américaine a imposé le déploiement automatique de l’application officielle de la Maison-Blanche sur l’ensemble des smartphones professionnels des employés fédéraux, une mesure qui suscite une vive controverse. Selon plusieurs fonctionnaires ayant requis l’anonymat par crainte de représailles, l’application apparaît soudainement sur l’écran de leurs appareils sans qu’aucune action de leur part ne soit nécessaire. Ceux qui tentent de la supprimer constatent qu’elle se réinstalle d’elle-même, rendant toute désinstallation définitive impossible.
Une directive venue du plus haut niveau
Le responsable fédéral des systèmes d’information, Greg Barbaccia, a adressé en mai une directive à l’ensemble des agences fédérales ordonnant le téléchargement automatique de l’application White House. La mesure concerne notamment les employés du département de l’Agriculture (USDA), du département d’État et du département du Travail, comme l’ont rapporté des agents à des médias américains. L’application a été développée par la société 45Press, une petite entreprise de l’Ohio spécialisée dans les sites WordPress, pour un montant initial de 1,4 million de dollars, avec un contrat pouvant atteindre 8 millions de dollars.
Un outil de propagande et de surveillance
L’application diffuse en continu des actualités favorables au président Donald Trump et intègre une fonction permettant d’envoyer des messages au chef de l’État via des modèles préremplis. Les fonctionnaires décrivent ce dispositif comme un canal de propagande institutionnalisé. Par ailleurs, l’application expose les données personnelles des utilisateurs — adresse IP, fuseau horaire, identifiant de l’opérateur mobile et un identifiant persistant — vers des serveurs tiers. Une analyse technique a révélé que ces données transitent notamment par des widgets fournis par Elfsight, une entreprise basée en Russie, en contradiction avec la promesse initiale d’une collecte « zéro donnée ».
Une collecte de données pointée du doigt
Plusieurs experts en cybersécurité dénoncent ces pratiques comme une intrusion massive dans la vie privée des agents publics. L’incapacité à supprimer l’application et la collecte de données vers des serveurs étrangers, notamment russes, soulèvent des questions sur la sécurité des informations gouvernementales. Les fonctionnaires interrogés évoquent un sentiment de contrôle permanent et une absence de consentement, tandis que les syndicats de la fonction publique fédérale n’ont pas encore réagi officiellement.
Des précédents et des inquiétudes
Cette affaire s’inscrit dans une série de mesures visant à renforcer la mainmise de l’exécutif sur les communications internes de l’administration. Des organisations de défense des droits numériques ont déjà alerté sur les risques de dérive autoritaire, mais aucune action en justice n’a pour l’instant été engagée. La Maison-Blanche n’a pas commenté ces révélations, tandis que le Congrès américain pourrait être amené à se prononcer sur la légalité de cette pratique.