Une proposition qui divise

À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, la question des retraites refait surface dans le débat public. Plusieurs figures politiques, dont Gabriel Attal, candidat de Renaissance, et Jordan Bardella, président du Rassemblement national, envisagent de supprimer l’âge légal de départ pour ne conserver que la durée de cotisation comme critère principal, éventuellement assortie d’une part de capitalisation. Cette orientation, présentée comme un gage de liberté, suscite de vives réactions.

Invitée sur Europe 1, Agnès Verdier-Molinié, directrice de la Fondation iFRAP, un think tank libéral, a fermement condamné cette piste. « Ce serait une très mauvaise idée », a-t-elle déclaré, estimant que la suppression de l’âge légal constituerait une erreur. Elle a rappelé que Gabriel Attal avait lui-même affirmé que « le sujet n’est plus de savoir si c’est 62, 63, 64 ans, la question de l’âge légal ne sert plus à rien », préférant se concentrer sur la durée de cotisation. Une position que la directrice de l’iFRAP juge dangereuse.

Un consensus fragile chez les économistes

Cette proposition, pourtant séduisante en apparence, peine à convaincre les spécialistes. L’économiste Anne Lavigne, ancienne responsable des études du Comité d’orientation des retraites (COR), rappelle qu’« il n’y a pas un seul pays qui n’ait pas mis en place un âge d’ouverture des droits ». Même la Suède, souvent citée en exemple avec son système de comptes notionnels, a fixé un âge plancher de 63 ans en dessous duquel il est impossible de liquider sa retraite.

D’autres pays, comme l’Allemagne, conservent un âge légal – fixé à 67 ans – mais l’assortissent de dérogations pour les carrières longues. Aux États-Unis, un départ anticipé à 62 ans est possible, mais au prix d’une décote dissuasive qui pousse la plupart des actifs à travailler jusqu’à 67 ans. Le Portugal, quant à lui, indexe l’âge de départ sur l’espérance de vie, une option qui permet d’ajuster automatiquement les paramètres.

Pour l’économiste Michael Zemmour, « supprimer l’âge de départ, c’est un slogan qui ne répond à rien et surtout pas à cette question politique : qui peut partir, à quel âge et avec combien ? ». Il souligne qu’aucun système ne permet de partir à 50 ans, même avec un salaire élevé, et que les propositions de Jordan Bardella sur les carrières longues ne font que reprendre des dispositifs existants.

Un péril pour les finances et les inégalités

Dans son ouvrage « J’ai cotisé, j’y ai droit ! Mensonges et vérités sur les retraites », l’économiste Bertrand Martinot, ancien conseiller social de Nicolas Sarkozy à l’Élysée, dénonce le « mythe de la retraite à la carte ». Selon lui, l’âge légal reste l’outil le plus efficace pour équilibrer les comptes sociaux. « Un an de travail en moins d’une personne rémunérée au salaire moyen, c’est une perte d’environ 60 000 euros de richesses produites et des moindres recettes de l’ordre de 30 000 euros », calcule-t-il.

Si l’âge était supprimé, il faudrait, pour éviter la faillite du système, fixer une durée de cotisation très longue – bien au-delà des 43 ans prévus par la réforme de 2023 – et instaurer des décotes « véritablement punitives » pour dissuader les départs anticipés. Cela créerait, selon Martinot, un système très inégalitaire, où les personnes aux carrières hachées n’auraient le choix qu’entre travailler jusqu’à un âge avancé ou accepter une retraite misérable.

Une idée en débat dans la campagne

Le retour des retraites au cœur de la campagne présidentielle n’est pas anodin. Après les manifestations massives de 2023 contre le recul de l’âge légal à 64 ans, adopté par 49.3, et la suspension de la réforme jusqu’en 2028, les candidats cherchent à éviter un nouveau conflit social. Mais pour Agnès Verdier-Molinié et plusieurs économistes, la suppression pure et simple de l’âge légal est une fausse bonne idée, qui pourrait aggraver les inégalités et fragiliser davantage le système par répartition.