La Bibliothèque nationale de France (BnF) a annoncé l’entrée dans ses collections de l’intégralité des archives d’Albert Camus. Ce fonds, qui couvre toute la carrière de l’écrivain et philosophe, comprend notamment les manuscrits de ses œuvres majeures, des correspondances avec des figures intellectuelles de son temps, ainsi que des documents personnels comme des faux papiers utilisés pendant la Résistance.
Un ensemble inédit et complet
Parmi les pièces les plus remarquables figure le manuscrit original de « L’Étranger », roman emblématique publié en 1942. Le fonds inclut également les brouillons de « La Peste », de « L’Homme révolté » ou encore du « Mythe de Sisyphe ». Les archives contiennent aussi une riche correspondance échangée avec des personnalités telles que l’écrivain et résistant André Malraux, le philosophe Jean-Paul Sartre ou l’actrice Maria Casarès.
Les héritiers d’Albert Camus ont négocié avec l’État pendant plusieurs années avant de finaliser cette cession. Le principe directeur de l’accord, martelé par la famille, est résumé par une phrase de Catherine Camus, fille de l’écrivain, citée dans le communiqué officiel : « Quoi qu’il arrive, le fonds ne sera pas dispersé. » Cette condition a été acceptée par la BnF, qui s’engage à conserver l’intégrité du fonds.
Un patrimoine national désormais accessible
L’acquisition a été rendue possible grâce à un financement conjoint de l’État et du mécénat. Le montant de la transaction n’a pas été divulgué, mais les sources concordent sur le fait qu’il s’agit de l’une des plus importantes acquisitions patrimoniales françaises récentes. La BnF prévoit une première présentation publique d’une sélection de documents à l’occasion d’une exposition programmée pour 2027.
Les chercheurs et le grand public pourront consulter les archives sur place, dans les salles de lecture de la Bibliothèque, sous réserve des règles de conservation propres aux documents fragiles. La numérisation progressive du fonds est également envisagée, afin de faciliter l’accès à distance tout en protégeant les originaux.
Un legs littéraire et historique
Albert Camus, prix Nobel de littérature en 1957, est mort accidentellement en 1960 à l’âge de 46 ans. Ses archives étaient jusqu’alors conservées par sa famille, principalement dans le sud de la France. Ce transfert à la BnF garantit leur préservation à long terme et leur mise à disposition pour les études littéraires, historiques et philosophiques.
Cette entrée à la BnF permet également de mieux documenter l’engagement de Camus pendant la Seconde Guerre mondiale. Les faux papiers conservés dans le fonds attestent de son rôle actif dans la Résistance, sous le pseudonyme de « Bauchard » ou « Albert Mathé ». Ces pièces, longtemps restées privées, offrent un éclairage nouveau sur cette période de sa vie.
Une acquisition qui fait date
Pour la BnF, cette acquisition s’inscrit dans une politique de rassemblement des grands fonds d’écrivains français du XXe siècle. L’institution conserve déjà les archives de Marcel Proust, de Victor Hugo ou d’Émile Zola. L’arrivée de celles d’Albert Camus complète ainsi un panorama littéraire essentiel.
Les réactions dans le monde académique et culturel ont été unanimement positives. Plusieurs spécialistes ont souligné l’importance de pouvoir étudier l’ensemble de la production manuscrite de Camus, depuis les premiers jets jusqu’aux versions publiées, ce qui permettra de retracer finement son processus créatif.