Le gouvernement allemand s'apprête à engager une nouvelle réforme de son système de retraites, combinant un recul supplémentaire de l'âge légal de départ et l'introduction d'un volet de capitalisation obligatoire. Cette initiative répond à la pression exercée par le vieillissement de la population et la hausse des dépenses publiques.

Un âge légal déjà relevé à 67 ans

L'Allemagne fait partie des pays européens où l'âge légal de départ à la retraite est déjà parmi les plus élevés, à 67 ans, au même niveau que le Danemark, la Norvège ou les Pays-Bas. Selon les données de l'OCDE, l'âge normal moyen de la retraite dans les pays membres était de 64,7 ans pour les hommes en 2024. La France, avec un passage progressif à 64 ans d'ici 2033 (sauf modification politique), se situe en deçà de cette moyenne, tout comme la Grèce et la Slovénie (62 ans). La Suède fixe l'âge légal à 66 ans, tandis que l'Italie envisage de le porter à 67 ans et 3 mois à compter de 2028.

Le vieillissement démographique comme moteur

L'OCDE souligne que le rythme du vieillissement démographique va s'accélérer au cours des 25 prochaines années. Dans ses pays membres, le nombre de personnes âgées de 65 ans et plus pour 100 personnes de 20 à 64 ans devrait passer de 33 en 2025 à 52 en 2050, contre 22 en 2000. Cette évolution entraîne mécaniquement une hausse des dépenses publiques consacrées aux retraites. En Europe, la Grèce et l'Italie affichent la plus forte proportion de revenu national allouée aux pensions publiques, environ 16 % du PIB en 2020. L'Autriche, la France et le Portugal suivent avec des niveaux compris entre 13 % et 14 % du PIB.

La capitalisation obligatoire en débat

Face à ces perspectives, le gouvernement allemand fait le pari d'une réforme associant le recul de l'âge de départ à la retraite et l'introduction d'un système de capitalisation obligatoire. Cette approche vise à diversifier les sources de financement des pensions tout en limitant la charge sur les finances publiques. Les détails précis de la réforme, notamment le nouvel âge légal envisagé et les modalités de la capitalisation, n'ont pas encore été officiellement dévoilés.

Comparaisons européennes

D'autres pays européens explorent des pistes similaires ou plus radicales. Au Danemark, l'âge de départ effectif est déjà élevé et pourrait atteindre 74 ans à terme, selon certaines projections. Les pays nordiques, avec l'Italie, sont ceux où l'âge légal est le plus élevé. En France, le président Emmanuel Macron a lui-même reconnu que le chantier des retraites devrait être repris, évoquant le caractère « indispensable » d'une réforme face au vieillissement. L'OCDE prévoit que Paris sera contrainte de relever sensiblement l'âge de départ.

Un enjeu structurel

La réforme allemande s'inscrit dans un mouvement plus large de révision des systèmes de retraite en Europe, où les gains d'espérance de vie et la baisse de la fécondité obligent les gouvernements à prolonger l'activité des seniors. L'âge effectif moyen de sortie du marché du travail, après avoir fortement diminué jusqu'à la fin des années 2000, a atteint un plancher dans les pays de l'OCDE : en 2000, il était de 62 ans pour les hommes, contre 66,3 ans en 1970. Depuis, la tendance s'est inversée, mais les réformes en cours visent à accélérer ce mouvement.

Les choix de l'Allemagne seront scrutés de près par ses partenaires européens, alors que le débat sur la capitalisation et l'âge légal reste vif dans plusieurs pays, dont la France. L'équilibre entre soutenabilité financière et acceptabilité sociale constitue le principal défi de ces réformes.